French poem
37 (Neuf heures du matin… Paris…)
by Jacques Normand (1848–1931)
Neuf heures du matin… Paris ! On entre en gare, Les yeux gros de sommeil. Fini, le rêve d’or ! Éteint, le brillant phare Qu’allumait le soleil ! Adieu, la côte douce où les brises câlines Allaient, rasant le sol ! Adieu, la mer ! Adieu, panache des collines, Le grand pin parasol ! Les cochers, dans la cour, attendent en silence ; Le ciel se fond en eau. Sec depuis trop longtemps… Dieu me voit, et me lance Tout un fond de tonneau ! Dans le fourmillement de la ville enfiévrée, Dans l’éternel remous De ce torrent humain, molécule ignorée, Vite, replongeons-nous ! Dès demain, ce seront les mêmes choses faites Et faites tant de fois ; Les mêmes serrements de mains, les mêmes têtes Avec les mêmes voix ; Les mêmes magasins, les mêmes coins de rues, Les mêmes ciels lavés, Et les mêmes… serins croisant les mêmes… grues Sur les mêmes pavés ; Et les mêmes dîners dressant les mêmes cônes De petits fours branlants ; Et, sur les boulevards, les mêmes fiacres jaunes Aux mêmes chapeaux blancs ! Courses, ennuis, tracas, — contre lesquels s’insurge Chacun, à tout propos ! Sempiternel manège où, moutons de Panurge, Nous tournons sans repos ! Paris, Paris fiévreux, Paris fou, Paris blême Sous ton ciel attristant, Ah ! qu’on te maudirait, qu’on te haïrait même… Si l’on ne t’aimait tant !