Versos French Jacques Normand 38 (Ce matin, à la mer, sous…)

French poem

38 (Ce matin, à la mer, sous…)

by (1848–1931)

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Ce matin, à la mer, sous un soleil ardent Qui poudre d’or la plage entière, Les voici se baignant, marchant ou regardant La vague douce et régulière. Les voici, revêtus, pour quelque lawn-tennis, Du pantalon d’un blanc de craie ; Et, le long de leur corps, tourne comme une vis Le veston à quadruple raie. Les voici tous, traînant à travers l’univers Et leurs mœurs et leur idiome, Et conservant, sous les climats les plus divers, L’illusion de leur at home. Des Anglais ! des Anglais !! encore des Anglais !!! Dans leur promenade éternelle, Ils feraient à la terre, en unissant leurs plaids, Une ceinture… de flanelle. À Cannes, à Menton, tout le long de la mer, Parmi les baisers de la brise, J’en ai vu, j’en ai vu fuyant pendant l’hiver Les noirs brouillards de la Tamise ; J’en ai vu, j’en ai vu sur la place Saint-Marc, À l’heure où Venise soupire, Promener posément, comme dans Hyde-Park, Leurs froides figures de cire ; À Grenade, au milieu des décors d’opéra Qu’une lumière blonde éclaire, J’en ai vu, j’en ai vu regardant l’Alhambra À travers leur itinéraire. Mais en Suisse surtout… Ô forêts de sapins ! Ô lacs ! ô torrents ! ô fontaines ! Ô rochers-promenoirs que les Méniers alpins Couvrent d’affiches par centaines ! Ô pics de l’Engadine ! ô glaciers de Zermatt ! Pleins de crevasses azurées ! Ô tranquilles névés ! ô grottes d’un blanc mat Par Tartarin inexplorées ! Ô splendides hôtels perchés comme des tours Tout en haut, en haut de la côte, Offrant aux voyageurs vos draps de lit trop courts Et vos trop longues tables d’hôte ! Ô bateaux à vapeur portant le restaurant Et le harpiste obligatoires ! Ô cascades d’azur où l’on paye en entrant Comme aux baraques de nos foires ! Ô vous tous, répondez franchement, entre nous… Lorsque la saison vous est douce, Pendant trois mois d’été, combien en comptez-vous, De ces fils d’Albion-la-rousse ? Combien de baronnets, combien de clergymen Longs comme un jour où l’on s’ennuie, Et de misses, rêvant aux douceurs de l’hymen Sous leur fidèle parapluie ? Partout, je vous le dis, à l’est, au sud, au nord, Leur interminable cortège Circule, du sommet de l’Etna jusqu’au fjord Le plus lointain de la Norvège ! Vous en rencontrerez sans cesse, n’importe où, Répandus sur toute la terre… Mais le plus incroyable encore et le plus fou, C’est qu’on en trouve en Angleterre !