French poem
4 (Pourquoi pleures-tu, pauvre femme…)
by Jacques Normand (1848–1931)
Pourquoi pleures-tu, pauvre femme, Assise au bord de ce chemin ? Ton visage, où se lit ton âme, Porte l’empreinte du chagrin ; Tes beaux yeux ont perdu leur flamme, Et des pleurs roulent sur ta main.
Est-ce l’amour qui t’a blessée ? As-tu ressenti la douleur De te voir soudain repoussée Par un geste froid et moqueur ? T’a-t-il lâchement repoussée Celui-là qui te prit ton cœur ?
Est-ce ton enfant que tu pleures ? Est-ce ton frère, ton ami ? Seule, loin de toutes demeures, Grelottante et morte à demi, Pourquoi marcher de longues heures Sans jamais chercher un abri ?
De quel pays es-tu venue ? Quel chagrin a pu t’alarmer ? Va, dis-le moi : rien qu’à ta vue Mon être s’est laissé charmer, Et, sans t’avoir jamais connue, Il me semble déjà t’aimer.
Viens : jusqu’à la ferme prochaine Accepte mon bras pour soutien ; Raconte-moi toute ta peine ; Tu trouveras, sans craindre rien, Une main pour serrer la tienne, Un cœur pour soulager le tien.
— Ami, si longue est la distance Qu’il me faut encor parcourir Que j’ai perdu toute espérance D’y pouvoir jamais réussir : Ami, si grande est ma souffrance Que rien ne saurait la guérir.
Tu me demandes qui je pleure ? Hélas ! qui pourrait les compter Tous ceux-là que la mort effleure, Ou que la mort vient d’emporter, Foule nombreuse que chaque heure, Chaque moment, peut augmenter !
Je fuis devant mon ennemie, La Guerre au bras ensanglanté : Je n’ai ni foyer ni patrie ; Mon nom est partout rejeté Comme celui d’une bannie : On m’appelle l’Humanité.