French poem
4 (Sur le roc aride et revêche…)
by Jacques Normand (1848–1931)
Sur le roc aride et revêche Devant la mer, en plein soleil, Comme un triste haillon qui sèche, Le gueux dort d’un profond sommeil.
Bras en croix, tête renversée, Jambes pendant languissamment, Il ronfle, brute harassée, Sordide en son affaissement.
Débauche, paresse et misère Habitent ce corps éreinté, Dont une loque à peine enserre La repoussante nudité.
Cette nuit, par maint quartier louche, Cherchant besogne de son goût Il a rôdé, le gueux farouche, La main au couteau, prêt à tout.
Par les ruelles, où les bouges Bourdonnants de chants avinés Ouvrent dans l’ombre leurs yeux rouges, Ses pieds meurtris se sont traînés.
Il a volé, tué peut-être… Puis, le coup fait, brûlé d’alcool, En quelque assommoir sombre et traître, Ivre, il a roulé sur le sol.
Au jour, sortant de sa tanière, Les bras lourds, le front obscurci, Aveuglé d’air et de lumière Il s’en est venu jusqu’ici ;
Et de cette chair polluée Par le vice au contact impur Semble monter une buée De crime et de sang, dans l’azur…
Mais là-haut, dissipant la brume Que le matin y traîne encor, Le bon soleil pour tous allume Pareillement son flambeau d’or.
Sans souci des besognes faites, Ignorant du bien et du mal, Il donne à tous les mêmes fêtes, Pour tous son sourire est égal.
Doucement, sa clarté tranquille Dore le sordide haillon, Et la buée infâme et vile S’évapore dans un rayon.