Versos French Jacques Normand 7 (Chaque maison dans le village…)

French poem

7 (Chaque maison dans le village…)

by (1848–1931)

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Chaque maison dans le village A revêtu son frais corsage De draps blancs semés de bluets ; Un sable fin couvre la terre, Et sur chaque borne de pierre S’épanouissent des bouquets.

On voit de savantes allées Faites de roses enfilées, Zigzaguer près des reposoirs, Où s’entremêlent, par étages, Des fleurs en papier, des images, Des chandeliers et des miroirs.

Les commères endimanchées Traînant par la main leurs nichées Vont, pressant le pas, ouvrant l’œil ; Les gars tirent des fusillades, Et les vieux paysans malades Viennent regarder sur le seuil.

Entre l’église et la mairie Se dresse une voûte fleurie Qu’ornent des rubans en couleur ; Les gamins sortent de l’école, Et la cloche, comme une folle, Chante la fête du Seigneur.

II

Tout à coup la porte rustique De la vieille église gothique Grince et s’entr’ouvre avec fracas, Et dans la rue ensoleillée Frôlant la foule agenouillée Le cortége va pas à pas.

D’abord, c’est le suisse en tenue ; Puis la bannière, retenue Par quatre longs cordons dorés ; Vêtus des plus belles étoles Les chantres, disant les paroles Et les cantiques consacrés ;

Puis, sous un dais de velours rouge, Le vieux prêtre, dont la main bouge Tenant le lourd Saint-Sacrement ; Portant la seconde bannière Les marguilliers, qui par derrière Suivent avec recueillement ;

Enfin, sur les bords alignées, Blanches, proprettes, bien peignées, Oubliant leur petite main Dans les corbeilles presque vides, Les fillettes marchent, timides, Semant des fleurs sur le chemin.

III

Pendant que le cortége passe Ondulant à travers la place Comme un reptile lumineux, Près de moi, rêveuse, attendrie, Une petite fille prie Avec des larmes dans les yeux.

Sa robe est en étoffe noire ; Son front, poli comme l’ivoire, Semble lourd et reste baissé ; Elle a cet aspect de souffrance Que le malheur laisse à l’enfance Quand auprès d’elle il s’est glissé.

Ses yeux, pleins d’une humide flamme, Profonds comme ceux d’une femme Bien qu’elle ait à peine dix ans, Regardent les jeunes fillettes Qui trottinent, vives, coquettes, Près des chantres aux pas pesants.

« Pourquoi pleurer ? » lui demandai-je. Elle, poursuivant le cortége D’un triste et long regard d’adieu : « Mon père est mort l’autre dimanche, Et je n’ai pas de robe blanche Pour aller avec le bon Dieu ! »