Versos French Jacques Normand 7 (Le régiment des francs-fileurs…)

French poem

7 (Le régiment des francs-fileurs…)

by (1848–1931)

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Le régiment des francs-fileurs Est un vrai régiment modèle ; Et ses soldats sont des meilleurs Pour s’élancer à tire-d’aile… Ailleurs ! Quand, pour investir notre ville, L’Allemand jeta son filet, On vit, comme « bouche inutile », Plus d’un franc-fileur… qui filait. L’un s’en allait pour sa famille, Qu’il ne pouvait laisser ici ; Pour ses enfants, sa grande fille, Qui lui causait bien du souci ; L’autre, pour défendre la Loire Et mettre le pays debout ; Tel autre partait… pour la gloire, Et tel autre… pour rien du tout. C’est ainsi qu’avec une entente, Un ensemble des plus parfaits, Ces messieurs plièrent leur tente Et firent vite leurs paquets.

Étant d’intelligence rare, Ils avaient très bien su prévoir Qu’au jour où le Prussien barbare Autour de nous viendrait s’asseoir, On pourrait faire maigre chère, Manger du perdreau rarement, Du bœuf, fort peu ; du mouton, guère ; Du pain, même… modérément. Là-bas, c’était manger et vivre ; Mais ici, vivre sans manger. Quel embarras ! quel parti suivre ? La solitude ou le danger ? Bah ! la gloire est chose tentante, Mais les estomacs délicats Ont besoin de viande saignante : J’aime mieux m’en aller là-bas.

Et puis, plus que la nourriture, Ils craignaient, et non sans raison, Que les Prussiens — par aventure ! — Ne se servissent du canon. Or, la nuit, tandis qu’on sommeille, Est-il assez fastidieux Ce tonnerre qui vous réveille Et vous fait entr’ouvrir les yeux ? Et puis les blessés… car sans doute On en verra plus d’un passer… Qui sait ? Peut-être sur la route Forcera-t-on à les panser ? Ah ! cette crainte est la dernière : Et puis, la viande de cheval… Non ! Tenons-nous loin en arrière… Tout cela me ferait trop mal !

Quand, après la guerre finie, Frais et gaillards, ils reviendront, Ceux qui restaient pour la Patrie, Quand ils partaient, se souviendront. Lorgnon dans l’œil, mine riante, Tranquilles comme Ali-Babas, De la ville encor palpitante Ils visiteront les dégâts. En nous rencontrant sur leur route, Tendant vers nous leurs doigts gantés, Ils nous demanderont sans doute Des nouvelles de nos santés… Nous alors, sans vouloir leur rendre Leurs joyeux serrements de main, De façon qu’ils puissent l’entendre, Nous fredonnerons ce refrain :

« Le régiment des francs-fileurs » Est un vrai régiment modèle, » Et ses soldats sont des meilleurs » Pour s’élancer à tire-d’aile… » Ailleurs ! »