French poem
8 (D’AIL ?… il en faut un…)
by Jacques Normand (1848–1931)
D’AIL ?… il en faut un peu, rien que pour maintenir Le vrai principe ; Mais très peu, je vous dis : un souffle, un souvenir Qui se dissipe ! De safran ?… il en faut pas mal, et toutefois Pas trop encore… Mais assez, cependant, pour qu’en trempant les doigts Ça vous les dore ! De poisson ?… il en faut. Mais poisson de fin goût Pêché sur place, Et langouste, et merlan, et saint-pierre, et surtout De la rascasse ! D’huile ?… il en faut aussi, mais du plus pur produit D’olive fine, Premier crû provençal, portant l’odeur du fruit À la narine ! De thym ? de romarin ? de fenouil ? de persil ? Que l’on en mette Dans un sac bien noué, bien propret, bien gentil, Qui vous appète ! Faites bouillir le tout ; découpez le pain frais En tranche épaisse… Et peut-être qu’ainsi vous aurez, à peu près, La bouillabaisse. Mais pour qu’elle soit vraie, et bonne, et sans défaut, — Une merveille ! — Plus que poisson, safran, ail, fenouil… il lui faut L’air de Marseille !