French poem
Emblème
by Jean Moréas
Oublie le roseau qui charme les dryades, Arme-toi de tes franches couleurs ; Attelle d’un bras sûr les cavales ailées Au char rapide, et prends la lance niellée Avec les forts maillets les cuirasses rompants. Que tu te plaises à combattre avec des coupes ! Laisse couler le vin, laisse passer les troupes Ballantes des Satyres et des Pans. Si quelques-uns parmi les rivaux que tu nargues Sont de la race belliqueuse des loups, Le plus grand nombre est mal-rusé comme renardes ! Aussi de hardement prompt sois-tu et t’avise D’un bouclier où la devise Montre les grands travaux d’Hercule Ou le cornu dragon illustre aux bords de Loire, Car il n’est honte nulle À qui par bien gaber clame juste victoire !
Et le labeur est bon s’il se doit guerdonner De la faveur de Celle Par qui la lyre au thracien sonner Tirait les arbres après elle. Jadis d’un triple tour l’olivier de la Grèce Et le laurier latin, Pour prix de ses vertus ont couronné sa tête, Mais c’est le lys français qu’Elle attend de ta main.