French poem
Élégie deuxième
by Jean Moréas
Plus durement que trait turquois, Amour, plaisant doux archer, blesse Rustiques garçons et grands rois.
Par telle langueur et faiblesse, Dieu oublia et diffame eut David qui haïssait mollesse.
Semblablement l’autre qui fut Salomon, si très sage augure, De grand renom piteux déchut.
Bouche feinte et feinte figure, Yeux bénins aux gracieux lacs, Honte cèlent et mal’ mort dure :
Agamemnon n’en eut soulas, Aussi la forcenée Hélène Le fit voir au duc Ménélas.
Achille servit Polyxène ; Chez la lydienne Herculus Fila quenouillette aime-laine.
De Stratonice, Séleucus Souffrit empire et vasselage, De Chryséïde, Troïlus.
Au gré d’un coloré visage, N’écouta les buccins retors Antoine, preux trop plus que sage.
Et tout docte, en nonchaloir fors De sa Faustine, Marc-Aurèle Vit de cendre ses lauriers ords.
Ainsi, en la bailli’ de celle Dont les cheveux passent l’or fin, (Las ! qui m’est félonne et cruelle),
Je cuide le Permesse vain, Et mon souffle n’a véhémence D’animer le roseau divin
Qui clamait mon nom par la France.