Versos French Joachim Du Bellay Les Deux Marguerites

French poem

Les Deux Marguerites

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Sus ma Lyre, désormais Chante plus doux que jamais, L’une et l’autre Marguerite. Ce sont les deux fleurs d’eslite, Où il faut cueillir ce miel Des chansons dignes du ciel. Jadis les Dieux transformoyent En astres ceux qu’ils aimoyent. Et si les vers sont croyables, Les campagnes pitoyables Grosses de sang et de pleurs, Enfantoyent les belles fleurs. Le ciel qui donne ses loix Sous le sceptre des Valois, A mis au rang des planettes Les plus ardentes et nettes Tous les rameaux bien-heureux De ce tige plantureux. Là est l’honneur d’Angoumois Charles, et le grand François, François et Charles encores. Deux feux qui esclairent ores Tout ainsi que les flambeaux Des frères, qui sont jumeaux. Du sang que j’ay tant loué, Qui des Dieux est avoué, Deux belles fleurs sont venues L’une vole sur les nues Qui a le ciel esclairci. Et l’autre florit ici. Ce diamant que voila Est frère de cestuy-la : Ces roses s’appellent roses, Ces deux fleurettes descloses. Qui se ressemblent ainsi. Ont un mesme nom aussi.

Se feront point les premiers ? Les artisans bien subtils Anime de leurs outils L’airain, le marbre, le cuyvre Mais chacun ne peut pas suivre Si haut et brave argument, Comme un royal monument. Cestuy son sepulchre a bien, Et cestuy-ci a le sien : Mais François, dont la mémoire, Seule tombe de sa gloire, Par tout le monde s’estend, Son sepulchre encor’ attend. L’édifice elabouré Dont Mausole est honoré, Les erreurs Dedaliennes, Les pointes Egyptiennes, Et tout autre œuvre parfait En un jour ne fut pas fait Qui a le stile assez haut, Pour espuiser, comme il faut, Une gloire si féconde ? Le grand Monarque du monde De tout peintre et engraveur Ne cherchoit pas la faveur. Si me puis-je bien vanter, De faire ici rechanter Des trois Angloises Charités, Qui l’une des Marguerites Portent aux astres plus hauts En deux cens pas inégaux. Les Dieux de nos liens jaloux T’avoyent plantée entre nous, Royale fleur de Navarre, Et puis d’une main avare T’arrachant de ces bas lieux, Ils t’ont replantée aux cieux. Là, le chaud et la froideur Ne seichent point ta verdeur, Verdeur que toujours évente. Un Zephyre, qui doux vente

En ces lieux, où en tout temps. On voit rire le printemps. Là. de mille et mille esprits Qui volent par le pourpris, Le ciel qui sienne t’appelle, Ne voit une ame plus belle : Le ciel ne peut-il pas bien Reprendre ce qui est sien ? Le ciel t’a reprise donc, Nous laissant d’un mesme tronc C’est’ autre fleur ta compagne, Et ta lîlle qui se baigne En ce labeur glorieux. Qui t’a mise au rang des Dieux. Permette le ciel ami, Qu’après un siècle et demi La fleur ici florissante A la fleur non périssante Puisse voler d’un prinsaut, Pour se rejoindre là-haut. Cependant nous qui vivons, Ces doux vers nous escrivons, Ahn que de race en race L’immortalité embrasse La non mortelle valeur De l’une et de l’autre fleur.

LES DEUX MARGUERITES

Sus, ma Lyre, desormais Chante plus doulx que jamais L'une et l'autre Marguerite: Ce sont les deux fleurs d'eslite, Où il fault cuillir le miel Des chansons dignes du ciel.

Jadis les Dieux transformoient En astres ceulx qu'ilz aimoient, Et si les vers sont croyables, Les campagnes pitoyables Grosses de sang, et de pleurs Enfantoient les belles fleurs.

Le ciel, qui donne ses lois Soubz le sceptre de Valois, A mis au rang des planettes Les plus ardentes et nettes Tous les rameaux bienheureux De ce Tige planteureux.

Là, est l'honneur d'Angoumois Charles, et le grand François, François, et Charles encores, Deux feuz, qui eclairent ores Tout ainsi que les flambeaux Des freres qui sont jumeaux.

Ilz luyzent d'ordre là hault, Et si des mortelz il chault A ceux là qui plus ne meurent, Noz Rois, qui au ciel demeurent, Ne rejectent pas les veuz De leurs enfans et neveuz.

Du sang que j'ay tant loué, Qui des Dieux est avoué, Deux belles fleurs sont venues: L'une vole sur les nues Qui a le ciel eclaircy, Et l'autre florist icy.

Ce dyamant, que voilà, Est frere de cestuy-là; Ces rozes s'appellent rozes, Ces deux fleurettes declozes, Qui se ressemblent ainsi, Ont ung mesme nom aussi.

Ne me vantez plus, ô Grecz, De Narcisse les regrez, Ny la fleur de ses pleurs née: Ny l'ardeur Apollinée, Hyacint', dont le malheur Fist naistre une rouge fleur.

Ne me vantez plus aussi Ny Phebus ny son soucy, Ny la fleur Adonienne, Ny la Telamonienne, Ny celles par qui Junon Aquist de mere le nom.

Ne me vantez le sejour Qui voit revivre le jour, Où du marinier sont quises Les Marguerites exquises: De la France le bonheur Surmonte l'Indique honneur.

Sus donc, ô François espris, Donnez l'honneur et le pris A la Marguerite saincte: Faictes de sa mort complaincte, Par qui les avares cieux Ont ravy tout nostre mieux.

Dictes comme elle avoit eu L'honneur, l'esprit, la vertu, Qui tout nostre siecle honnore: Et de celle dont encore' Les jours ne sont revoluz, Dictes en autant, ou plus.

C'est de mes vers l'ornement: Seule, qui divinement Anime, enhardist, inspire Les bas fredons de ma Lyre: C'est elle, et je sçay combien Mes chansons luy plaisent bien.

Si des premiers je n'ay pas Orné le Royal trespas, Aussi ma Muse est trop basse Pour une premiere place: Et qui sçait si les derniers Se feront point les premiers?

Les artizans bien subtilz Animent de leurs outilz L'airein, le marbre, le cuyvre: Mais châcun ne peut pas suyvre Si hault et brave argument Comme ung royal monument.

Cestuy son sepulchre a bien, Et cestuy cy a le sien: Mais François, dont la memoire, Seule tumbe de sa gloire, Par tout le monde s'etend, Son sepulchre encor' attend.

L'edifice elabouré Dont Mausole est honnoré, Les erreurs Dedaliennes, Les poinctes Egyptiennes, Et tout autre œuvre parfaict, En ung jour ne fut pas faict.

Qui a le stile assez hault, Pour epuyser, comme il fault, Une gloire si feconde? Le grand Monarque du monde De tout peintre et engraveur Ne cherchoit pas la faveur.

Si me puis-je bien vanter De faire icy rechanter Les trois Angloizes Charites, Qui l'une des Marguerites Portent aux astres plus haulx En deux cents pas inegaulx.

Les Dieux de noz biens jaloux T'avoient plantée entre nous, Royale fleur de Navarre, Et puis, d'une main avare T'arrachant de ces bas lieux, Ilz t'ont replantée aux cieux.

Là, le chault et la froideur Ne seichent point ta verdeur, Verdeur que tousjours evante Ung Zephyre, qui doulx-vante En ces lieux, où en tout temps On voit rire le printemps.

Là, de mile et mile espriz Qui volent par le pourpris, Le ciel, qui sienne t'appelle, Ne voit une ame plus belle: Le ciel ne peut il pas bien Reprendre ce qui est sien?

Le ciel t'a reprise donc, Nous laissant d'ung mesme tronc Cete autre Fleur, ta compaigne, Et ta fille, qui se baigne En ce labeur glorieux Qui t'a mise au rang des Dieux.

Permette le ciel amy Qu'apres ung siecle et demy La Fleur icy florissante A la Fleur non perissante Puisse voler d'ung prinsault, Pour se rejoindre là hault.

Ce pendant nous, qui vivons, Ces doux vers nous escrivons, Affin que de race en race L'immortalité embrasse La non mortelle valeur De l'une et de l'autre Fleur.