Versos French John Keats _Livre Iii_

French poem

_Livre Iii_

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C'est ainsi que tour à tour tumultueux puis anéantis par le découragement Ces Titans étaient plongés dans la consternation la plus absolue. O laisse-les, Muse! O laisse-les à leur malheur! Car tu n'as pas assez de vigueur pour chanter de tels conflits. Une douleur solitaire convient mieux A tes lèvres, un hymne à la désespérance d'un seul. Laisse-les, ô Muse! Tu trouveras bientôt Plus d'une ancienne Divinité tombée Errant à l'aventure sur des rivages inconnus. En attendant, touche pieusement la harpe de Delphes, Et aucune autre qu'une brise céleste n'exhalera, Pour l'accompagner, un doux gazouillement à travers la flûte Dorienne; Car Io! c'est en l'honneur du père de tous les vers. Nuance tout ce qui a une teinte vermillon Que la rose s'épanouisse et réchauffe l'atmosphère; Que les nuées du soir et du matin Flottent comme de voluptueuses toisons au-dessus des coteaux; Que le vin écarlate écume dans le gobelet

Frais comme une source bouillonnante; que les coquilles aux bords décolorés, Sur le sable, ou sous les insondables profondeurs deviennent pourpres Dans tous leurs circuits; que la vierge Rougisse vivement, comme surprise par quelque ardent baiser! Ile, la plus belle des Cyclades aux berceaux feuillus, Réjouis-toi, Délos, de tes oliviers verts, De tes peupliers, de tes palmiers ombrageant les clairières, de tes hêtres, Dans lesquels le zéphir souffle ses chants les plus sonores, De tes touffus coudriers aux tiges brunes, vivant sous l'ombre: Apollon, une fois de plus est le thème doré! Où était-il, lorsque le Géant du Soleil Se tenait resplendissant au milieu de ses pairs affligés? Il avait laissé ensemble sa majestueuse mère Et sa sœur jumelle sommeillant sous leur bosquet; A travers la lueur indécise du matin, il vagabondait Parmi les oseraies d'un ruisseau, Enfoncé jusqu'à la cheville dans les lys du vallon. Le rossignol s'était tu; quelques rares étoiles S'attardaient aux cieux et la grive Cessait de chanter. Dans toute l'île Il n'y avait ni fourré ni caverne Où ne retentît le bruit crépitant des vagues

Quoiqu'il fût presque assourdi en mainte retraite verdoyante. Il écoutait; il pleurait, et ses larmes scintillaient En tombant goutte à goutte sur l'arc doré qu'il tenait. Ainsi ses yeux à moitié clos étaient obscurcis par les pleurs, Lorsque, de dessous une branche rugueuse lui barrant le chemin, Sortit d'un pas solennel une altière Déesse. Dans le coup d'œil qu'elle lui jeta, il y avait une intention Qu'avec une prompte divination il commença à discerner, Perplexe; immédiatement il lui dit d'une voix mélodieuse: «Comment as-tu traversé l'infranchissable mer? Cet antique aspect et cette robe qui t'enveloppe Ont-ils parcouru ces vallées, invisibles jusqu'à cette heure? Sûrement, j'ai entendu ces vêtements froisser Les feuilles tombées, lorsque je m'asseyais solitaire Au cœur de la fraîche forêt. Sûrement j'ai suivi Le bruissement de cette simple jupe au milieu De ces prairies désertes, et j'ai vu les fleurs Lever leurs têtes, comme tu les frôlais en passant. Déesse! J'ai déjà contemplé tes yeux, Et leur calme éternel, et tous tes traits, Ou j'ai rêvé».--«Oui, répondit la forme souveraine, Tu as rêvé de moi; en t'éveillant Tu as trouvé une lyre tout en or à ton côté.

Lorsque tu en pinces les cordes avec tes doigts, la vaste Oreille de l'univers entier, sans se lasser jamais, Ecoute avec tristesse ou joie la source d'où jaillit Une harmonie si neuve et si merveilleuse. N'est-il pas étrange Que tu pleures, étant ainsi doué? Jeune Ephèbe, dis-moi Quel chagrin tu peux éprouver: car je suis attristée Lorsque tu verses une larme: raconte tes malheurs A quelqu'un qui dans cette île déserte a Veillé sur ton sommeil et tes heures de vie, Depuis tes jeunes journées où pour la première fois ton enfantine main Arrachait sans réflexion les faibles fleurs, jusqu'à l'heure où ton bras Put bander cet arc héroïque en tout instant. Dévoile le secret de ton cœur à une Déesse des temps anciens Qui a abandonné son trône antique et sacré Pour annoncer ton règne et pour sauvegarder Ta beauté nouvelle venue». Apollon alors La scruta soudain de ses yeux déjà moins dolents; Ainsi lui répondit-il, et de sa gorge blanche et mélodieuse Les sanglots sortaient avec les mots: «Mnémosyne! Ton nom est sur ma langue, j'en ignore la raison; Pourquoi te dire ce que tu as si bien deviné? Pourquoi m'efforcer de t'expliquer le mystère que tes lèvres

Expriment si clairement? Pour moi, sombre, sombre Et douloureux est l'infâme oubli qui scelle mes yeux: Je m'efforce de découvrir pour quel motif je suis affligé Au point que le chagrin engourdit mes membres; Alors je m'assieds sur l'herbe, et je gémis Comme quelqu'un qui naguère a eu des ailes. O pourquoi Me sentirais-je maudit et meurtri, lorsque l'air encore sans maître Se soumet à ma course ambitieuse? Pourquoi foulerais-je Avec mépris la terre verdoyante comme si elle repoussait mes pas? Déesse bienveillante, indique-moi quelque espace inconnu: N'y a-t-il pas d'autres régions que cette île? Que sont les étoiles? Voilà le soleil, le soleil! Et la lueur si maladive de la lune! Et les étoiles par milliers! Indique-moi la route Vers quelque étoile ravissante spécialement, Et j'y volerai avec ma lyre, Et ferai palpiter de bonheur sa splendeur argentée. J'ai entendu le tonnerre dans les nuages: Qui le gouverne? Quelle main, quelle essence, quelle divinité Déchaîne cette tempête dans les éléments, Tandis que oisif, j'écoute sur les rivages Sans la redouter, mais dans une douloureuse ignorance? Oh! dis-moi, solitaire Déesse, par ta harpe

Qui gémit chaque soir et chaque matin, Dis-moi pourquoi je délire ainsi sur ses grèves! Tu restes muette.--Muette! cependant je peux lire Une merveilleuse leçon sur ta silencieuse face: Une science prodigieuse qui fait un Dieu de moi. Noms, actions, contes bleus, sinistres malheurs, rébellions, Majestés, voix souveraines, agonies, Créations et destructions, en même temps Se déversent dans les vastes replis de mon cerveau, Et me déifient, comme si quelque vin joyeux Ou quelque incomparable élixir m'avait enivré de sa chaleur, Et rendu de la sorte immortel.» Ainsi parla le Dieu, Pendant que ses yeux enflammés, regardant droit devant eux Au-dessous de ses tempes blanches et veloutées, tremblotaient Sans discontinuer en fixant Mnémosyne. Bientôt une brusque commotion la secoua et fit rougir Toutes les immortelles beautés de ses membres, Beaucoup comme l'agonie aux confins de la mort; Plus encore comme quelqu'un qui veut se dégager De l'étreinte de la pâle et immortelle mort, et, brûlé par un horrible mal Aussi cuisant que celui de la mort est glacé, dans une horrible convulsion Meurt tout vivant. Ainsi le jeune Apollon était angoissé: Ses cheveux, ses boucles dorées si renommées

Ondulaient le long de son cou gonflé. Pendant cette minute douloureuse Mnémosyne élevait Les bras au-dessus de sa tête comme une prophétesse. --Enfin Apollon poussa un cri strident;--et Io! de tous ses membres Divins. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

1819.