Versos French John Keats _Livre Iii_

French poem

_Livre Iii_

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[Endymion parle à Glaucus au fond de la mer.]

Sur un rocher couvert de ronces était assis ce vieillard, Sa chevelure blanche était effrayante, et une natte D'herbes fraîches gisait sous ses pieds froids et efflanqués; Ample comme le plus large linceul, Un manteau d'azur recouvrait ses vieux os, Dans la trame duquel étaient symbolisées les incantations les plus ténébreuses

De l'ambitieuse magie: chaque état de l'Océan S'y dessinait distinctement en noir; l'orage, Le calme, le murmure, le hideux rugissement Etaient figurés sur le tissu; toute forme Qui rase l'eau, plonge, sommeille entre les caps. La baleine vorace ne semblait qu'un point dans le travail féerique, Puis soudain, regardez: elle s'enflait et se gonflait Jusqu'à son énormité naturelle; et le plus chétif poisson Surpassait l'attente de l'observateur le plus minutieux, Et montrait l'anatomie de son œil minuscule. Là était peinte la royauté De Neptune; et les Nymphes de la mer autour de son trône, Telles de belles vassales, regardaient et attendaient. A côté de ce vieillard était une baguette de perles, Et sur ses genoux un livre qu'il étudiait Avec tant d'attention, que le nouvel hôte des mers Eut le temps de l'examiner longuement, stupéfait, Et de noter toutes ces nuances, frappé de respect.

Le vieillard leva sa tête humide de buée et vit L'étranger étonné--semblant ne pas voir, Tant la vie était absente de sa physionomie. Soudain Il s'éveilla comme d'une extase; ses sourcils blancs comme la neige S'arquèrent, et comme fouillées par une charrue magique

Des rides sillonnèrent profondément son large front, Qu'il tenait aussi immobile que le sommet d'un roc, Jusqu'à ce que sur ses lèvres flétries parut un sourire. Alors il se redressa, comme un être accablé d'ennui Qui, bien des années, aurait guetté dans une retraite abandonnée, Et depuis le milieu de sa vie jusqu'à l'âge le plus avancé N'aurait pas soulagé son âme avide de sons, en parlant Même aux arbres. Il se leva, il saisit sa robe, Puis d'une étreinte convulsive, il l'agita au vent...

[Glaucus raconte sa jeunesse à Endymion: «Il aimait la nymphe Scylla que Circé jalouse a tuée. Lui-même cédant à l'amour de la meurtrière fut réduit en l'état où le voit celai qui l'écoute. Cependant un étranger doit l'aider à reconquérir et Scylla et sa jeunesse». Qui ne devine immédiatement que ce mystérieux sauveur et Endymion ne font qu'un? Ils se rendent donc tous deux dans un palais sous-marin où, depuis des siècles, sont couchés côte à côte jeunes hommes et jeunes femmes qui se sont noyés par amour. Scylla est parmi ces dernières, et Endymion la ressuscite ainsi que ses nombreux compagnons d'infortune. Tous vont alors témoigner leur reconnaissance à Neptune et célébrer sa générosité.]