Versos French John Keats _Livre Iv_

French poem

_Livre Iv_

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[Endymion, de nouveau solitaire, rencontre une jeune Indienne qui, elle aussi, a été malheureuse, et lui raconte ses infortunes. Avec l'hymne à Pan du premier livre, ce récit est la meilleure partie du poème:]

* * * * *

O tristesse Pourquoi empruntes-tu Les nuances naturelles de la beauté, à des lèvres vermeilles?

Est-ce pour donner la rougeur des vierges Aux buissons de roses blanches? Ou est-ce ta main humide qui emperle la marguerite?

O tristesse Pourquoi empruntes-tu L'éclair étincelant à l'œil du faucon? Est-ce pour donner au ver luisant sa lueur? Ou, par une nuit sans lune Pour, sur les rivages des sirènes, teinter les vagues de phosphorescence?

O tristesse Pourquoi empruntes-tu Les harmonieuses ballades aux voix plaintives? Est-ce pour, dans les soirées blafardes, Les donner au rossignol? Et pouvoir l'écouter sous la fraîcheur de la rosée?

O tristesse Pourquoi empruntes-tu La légèreté du cœur au joyeux temps de Mai? Un amoureux ne foulerait pas La tête d'une primevère, Quand même il danserait du soir jusqu'à l'aube-- Ni aucune fleur languissante Conservée pieusement pour ton bocage, N'importe où il s'amuse ou se divertisse.

La tristesse J'ai salué Et pensais à l'abandonner très loin derrière moi; Mais gaiement, gaiement, Elle m'aime tendrement Elle m'est si fidèle, et si accueillante. Je voudrais la décevoir De façon à l'abandonner Mais, ah! elle est si fidèle et si accueillante.

Sous mes palmiers, au bord de la rivière, Je m'assis pour pleurer: dans tout le vaste univers Il n'y avait personne qui me demandât pourquoi je pleurais-- De sorte que je remplis Jusqu'au bord le calice du nénuphar avec des larmes Aussi glacées que mes terreurs.

Sous mes palmiers, au bord de la rivière Je m'assis pour pleurer: quelle fiancée amoureuse, Abusée par un chimérique amant descendu des nuages, Ne se cache et ne se réfugie pas Sous les sombres palmiers, au bord de la rivière?

Et, comme j'étais assise, par delà les claires collines bleues J'entendis le vacarme de gens ivres: les ruisseaux Amenaient dans le large fleuve des flots pourpres-- C'était Bacchus et sa troupe!

La trompette lançait des notes ardentes, et les gazouillements argentins Du choc des cymbales faisaient un joyeux bruit-- C'était Bacchus et sa famille!

Telle une bande de vendangeurs ils descendaient, Couronnés de verts feuillages, la figure en feu; Tous dansaient follement à travers la riante vallée. Au point de te chasser, Mélancolie! Oh alors! oh alors! tu n'étais qu'un simple mot! Et je t'oubliai, comme le houx à baies rouges Est oublié par les bergers, lorsqu'en Juin, Les grands châtaigniers masquent le soleil et la lune: Je me ruai dans la folie!

Sur son char, debout, se tenait le jeune Bacchus, Agitant son sceptre de lierre, en des poses de danseur, Avec des rires furtifs; De petits filets de vin cramoisi coulaient Sur la blancheur de ses bras potelés, et de ses épaules, assez blanches Pour s'attirer la morsure de Vénus aux dents de perle: A ses côtés à califourchon sur son âne, Silène Lançait des fleurs comme il passait Buvant goulument.

D'où veniez-vous, joyeuses filles! d'où veniez-vous! Si nombreuses, et si nombreuses, en telle liesse?

Pourquoi avez-vous déserté vos bocages attristés, Vos luths et votre aimable sort? --Nous suivons Bacchus! Bacchus agile, Bacchus conquérant, Bacchus, le jeune dieu! dans la bonne ou mauvaise fortune, Nous dansons devant lui en traversant les vastes empires: Venez aussi, belle vierge, et joignez-vous A notre orchestre fantasque!»

D'où veniez-vous, gais Satyres, d'où veniez-vous? Si nombreux, et si nombreux, en telle liesse? Pourquoi avez-vous déserté vos bois favoris, pourquoi avez-vous laissé Vos noisettes cachées dans les fissures des chênes? --C'est pour le vin, pour le vin que nous avons quitté nos amandiers; Pour le vin que nous avons quitté nos bruyères et nos genêts dorés, Et les froids champignons; Pour le vin nous suivons Bacchus à travers la terre; Le Dieu puissant des coupes sans fond et des chants d'allégresse! Venez aussi, belle vierge, et joignez-vous A notre orchestre frénétique!»

Les larges rivières et les hautes montagnes nous avons franchi,

Et sauf quand Bacchus se retirait sous sa tente de lierre, En avant haletaient le tigre et le léopard Avec les éléphants d'Asie: En avant ces myriades d'êtres--chantant et dansant, Avec les zèbres striés, les chevaux lustrés et fringants de l'Arabie, Les alligators aux pieds palmés, les crocodiles, Portant sur leurs dos des écailles, en files, Des enfants potelés et rieurs mimant la manœuvre Des matelots et le rude labeur des galériens: Avec des avirons minuscules et des voiles de soie, ils glissent Insouciants des vents et des marées.

Couchés sur les fourrures des panthères et les crinières des lions, Tantôt à l'avant tantôt à l'arrière du cortège ils parcourent les plaines; Et font en un instant un voyage de trois jours: Et toujours au lever du soleil, A travers les déserts ils chassent avec la lance et le cor Le rhinocéros en fureur.

J'ai vu l'Osirienne Egypte s'agenouiller Devant la couronne de vigne tressée! J'ai vu l'aride Abyssinie se lever et chanter En frappant les cymbales d'argent! J'ai vu la vendange triomphante embraser de sa chaleur La vieille et sauvage Tartarie!

Les rois de l'Inde abaissent leurs sceptres constellés de joyaux, Et de leurs trésors, répandent une pluie de perles; Du haut de son ciel mystique le grand Brahma gémit, Et tous ses prêtres se lamentent; Ils pâlissent devant le regard du jeune Bacchus. J'arrivai à sa suite dans ces régions Le cœur malade--lassée--j'eus alors la fantaisie De m'égarer au milieu de ces mornes forêts Seule sans compagnon: J'ai fini, j'ai dit tout ce que vous pouviez entendre.

Jeune étranger! J'ai été une vagabonde En quête du plaisir sous tous les climats: Hélas, il n'est pas pour moi! Je dois sûrement être ensorcelée, Pour perdre dans la douleur tout mon printemps de vierge

Viens donc, Tristesse! Tristesse très douce! Comme mon propre baby je te nourris dans mon sein; Je pensais à t'abandonner Et à te décevoir, Mais maintenant de tout l'univers c'est toi que j'aime le mieux. Il n'y en a aucun, Non, non, aucun

Comme toi pour consoler une malheureuse délaissée, Tu es sa mère, Tu es son frère, Et son époux, et son amant dans l'ombre.»

[Endymion ému de tant d'infortunes, oublie l'inconnue qu'il a cherchée pendant les trois premiers livres et s'éprend de la jeune Indienne, laquelle, ne fait qu'une seule et même personne avec la dite inconnue, qui est une déesse, Cynthia ou Diane.

Pour conclure, Endymion et Cynthia se jurent un amour éternel, étreignent Péona et disparaissent dans l'éther; alors]

... Péona regagna Sa retraite à travers la forêt toute émerveillée.

Achevé en automne 1817. Publié en 1818.

Le traducteur s'excuse d'avoir, quelquefois en ce volume, osé retrancher quelques descriptions et quelques récits dans lesquels les plus fervents admirateurs de Keats estiment que le jeune artiste s'est un peu attardé. Comme une licence en entraîne une autre, il a dû également se substituer au poète et relier entre eux les différents épisodes qui, par suite, auraient paru sans liens.