French poem
Staffa
by John Keats
Jamais Aladin le magicien N'entreprit un tel ouvrage; Jamais la sorcière de la Dee Ne put voir un tel rêve. Ni Saint Jean, en l'île de Patmos, Dans l'ardeur de sa mission, Lorsqu'il aperçut les sept églises, Aux nefs dorées, érigées dans le ciel, N'eut les yeux frappés de l'émerveillement Que j'éprouvai debout sous sa voûte. Là! je vis là quelqu'un endormi Sur le marbre froid et nu; Pendant que les flots lavaient ses pieds Et que ses blancs vêtements claquaient, Trempés, contre les sombres rocs. Sur sa nuque ses longues mèches Soulevées, sans être mouillées, au-dessus de la mer Flottaient sur les vagues comme elles ondulées.
«Qu'est cela et qui es-tu?» Chuchotai-je en touchant son front; «Qui es-tu et qu'est cela?» Chuchotai-je, et je m'efforçai de baiser La main de l'esprit, pour éveiller ses yeux. Il tressaillit à l'instant même: «Je suis Lycidas, dit-il, Célèbre par mes chants funèbres. Cette architecture est l'œuvre Du grand Océan!-- C'est ici que ses puissantes eaux font vibrer Tout le jour les orgues caverneuses; C'est ici que, tour à tour, tous ses dauphins Pèlerins à nageoires, grands et petits Viennent payer l'hommage dû,-- Chacun doit faire jaillir des perles de sa bouche! Plus d'un mortel de ces jours Ose fouler nos sentiers sacrés, Ose profaner audacieusement Cette cathédrale de la mer! Je fus le pontife souverain De ce lieu où les eaux jamais ne se calment, Où le chœur empenné des oiseaux de mer S'élève à jamais! Le feu sacré Je le garde caché à tout mortel; Protée est mon sacristain! Mais le regard stupide d'un humain A franchi ce portail de rochers: Aussi pour toujours fuirai-je
Ce lieu ainsi souillé, et bientôt Je le dépouillerai de son enchantement.» Ce disant, avec la rapidité de l'éclair L'Esprit plongea!
26 juillet 1818.