Versos French Louis Chadourne Trois petits préludes

French poem

Trois petits préludes

by (1890–1925)

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La Nuit s’est refermée Comme un calice obscur Sur la pulpe dorée Et tiède de la chambre.

La lampe se consume Sous un arc de silence Et je ne sais plus rien Sinon que je suis seul,

Mordu par un désir Qui se mêle aux rumeurs Du jardin frissonnant Sous l’averse nocturne.

Un nom — hier ignoré — Plaqué comme un accord, Élargit le silence Aux limites du soir,

Tandis que replié Sur un âpre plaisir Où parfois la tendresse Fuse comme un sanglot,

J’appelle sans espoir. D’un cri de tout mon être, Un bonheur déchirant Amer comme un départ.

Seront-ils le terme d’un songe, Ces feuillages où l’Aventure, Comme l’eau, le désir ou l’ombre, A glissé sans regret de lune ?

Ces arches creusées de lueurs. Ces barques lourdes de désirs. Le soir penchant sur les eaux calmes Un visage de souvenir ;

La nuit tiède et lisse à nos mains, Tel un corps aux parfums obscurs, Le plaisir beau comme un orage, Et ces bouches dans l’ombre, avides ?

De tant d’ardeurs évanouies Ne restera-t-il pour emplir La splendeur lancinante et vide Des nuits si belles à venir,

Que ces images obstinées, Ces feuillages où l’Aventure… Et cet arbre nu sur le ciel Que scellait une étoile unique ?

Toute l’âme réfugiée Vers la vitre, où se consume La flamme haute du jour, J’écoute en la solitude Mon sang qui bat à coups sourds

Penché sur mille rumeurs, Je suis au cœur de la ville Bourdonnante de clarté, Une cellule qu’épuise, Perfide et sûre, l’attente.

J’attends : le monde se rythme Sous le bélier de mes tempes. L’Été des rues solitaires — Désir, angoisse et silence — Se fige comme un bloc d’or.

Avant même qu’invisible Ta main n’effleure la porte Je sentirai sur ma bouche Le souffle de ta présence,

Comme on devine la mer.