French poem
Vergers
by Louis Chadourne (1890–1925)
La nuit gonflée de pluie et de semences A pris dans son remous les maisons et les arbres. Une inquiète douceur coule le long des rues.
Cette goutte chaude sur ma main, Est-ce la pluie ? Est-ce une larme ? Est-ce la sève Que distille la fièvre amère des bourgeons, Des précoces lilas, des rameaux écumeux et noirs ?
Je ne sais. Mon corps fond dans l’ombre de la ville, Épaisse et trouble ainsi qu’une eau après l’orage, Et l’odeur des jardins mouillés Enivre à travers les espaces Un dieu fait de désirs obscurs.
Mon amour, tu as pris le visage de l’attente, Et je tourne lentement mes paumes Vers le vent qui a passé sur les vergers en fleurs.