Versos French Pamphile Le May Dulcia Linquimus Arva

French poem

Dulcia Linquimus Arva

by (1837–1918)

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Pourquoi donc fuyez-vous notre belle patrie, Jeunes gens aux bras vigoureux? N'a-t-elle plus besoin ni de votre industrie, Ni de votre sang généreux? Est-ce ainsi que fuyaient, en d'autres temps, nos pères Qui virent tant de jours mauvais? D'un rivage étranger les gloires mensongères Ne les séduisirent jamais.

Quoi! vous vous exilez! Mais dans nos vastes plaines N'est-il pas de place pour tous? Craignez-vous de l'hiver les rigides haleines? L'été n'est-il pas assez doux? Sont-elles sans parfums les fleurs de nos charmilles? Sans ombre nos grandes forêts? L'amour et la vertu croissent dans nos familles Comme les blés dans nos guérets.

Aiguillonnez les flancs de la glèbe féconde; Traînez partout le soc vainqueur; Des sueurs du travail que votre front s'inonde; Le travail retrempe le coeur. Transformez nos déserts; que la ronce sauvage Fasse place à l'or du froment. Laissez à vos enfants, pour premier héritage, L'exemple d'un grand dévoûment.

Un son qui vient de loin vous trouble et vous enivre: Est-ce donc un concert si beau? C'est la voix de l'airain, c'est la clameur du cuivre, Le cri du fer sous le marteau! Ah! combien plus sacrés sont les accents rustiques Qui font retentir nos hameaux! Voix de nos gais enfants, chants des vierges pudiques, Soupirs du vent dans les rameaux!

La grande république, ivre de sa conquête, Proclame haut ses libertés; Mais écoutez le vent qui passe sur la tête De ses populeuses cités: Quels accents discordants son vol rapide égrène Comme la grêle de l'hiver! Et cette république, elle chante la haine Sur un luth aux cordes de fer!

Écoutez! écoutez l'implacable musique! Écoutez l'étrange clameur! C'est le sourd grondement de l'immense fabrique Où les engins chantent en choeur, Le râle des pistons plongeant dans les chaudières Leurs énormes jambes d'acier, Comme aux gués bouillonnants des rapides rivières Les sabots d'un fougueux coursier!

C'est le bruit des marteaux qui font hurler l'enclume Comme un taureau dans l'abattoir! C'est le pétillement de la flamme qu'allume L'haleine d'un grand soufflet noir! Ce sont les cris stridents des ardentes bobines, Des cylindres vertigineux! C'est le concert affreux de toutes les machines Qui travaillent toujours pour eux!

Et, parmi tous ces bruits, une plainte s'élève, La plainte du pauvre ouvrier Qui travaille dès l'aube et jusqu'au soir sans trève, class="i6" Et n'a pas le temps de prier. Sa femme, ses enfants, comme d'humbles esclaves, Sont tous les jours à leurs métiers. Ils vieillissent ainsi sans briser les entraves Qui les enchaînent tout entiers!

Ah! si les habitants des villes ouvrières Avaient l'ombre de nos grands pins; S'ils avaient les parfums de nos fleurs printanières, L'air embaumé de nos matins; S'ils pouvaient, comme nous, en s'armant de la hache, Défricher un sol plantureux, Comme ils accompliraient leur glorieuse tâche, Et qu'ils se trouveraient heureux!

Aimez, ô Canadiens, le sol qui vous vit naître, Et qu'il ne soit jamais qu'à vous! Sur les bords étrangers chacun est votre maître: Demeurez libres parmi nous! Aimez votre village et vos temples champêtres Où Dieu vous parla tant de fois. Aimez le cimetière où dorment les ancêtres class="i6" Sous l'humble égide de la croix!