French poem
Eugénie
by Pamphile Le May (1837–1918)
Vieux beffroi du village, Eveille le rivage Par ton chant solennel; Un ange de la terre Remonte avec mystère Aux pieds de l'Eternel!
De la coupe de vie Sa lèvre, avec envie, N'effleura que le bord, Et détournant la tête. Agitée, inquiète, Elle pria d'abord,
Comme dans la ramée. La fontaine embaumée Par les fleurs d'alentour, Epanche, étincelantes, Ses vagues sous les plantes Qui chantent tour à tour;
Ainsi, de son enfance Les heures d'innocence S'écoulaient ici-bas; Et les longues tempêtes Qui tonnent sur nos têtes Ne la menaçaient pas.
Sa vertu, forte et neuve, Comme une fleur qu'abreuve La brume du matin, A l'âme maternelle Paraissait vive et belle, Comme un phare lointain.
Mais comme la pervenche, Ou l'épis qui se penche Et tombe sans mûrir, Au matin de son âge, Son beau front, sans nuage, S'est penché pour mourir!
Et pour jamais son âme, Sur un rayon de flamme, Fuyant ce triste lieu, Vola parmi les anges, Pour chanter les louanges, Les louanges de Dieu...!
Vieux beffroi du village, Eveille le rivage Par ton chant solennel; Un ange de la terre Remonte avec mystère, Aux pieds de l'Eternel!