Versos French Pamphile Le May La Fauvette et L'épi de Blé

French poem

La Fauvette et L'épi de Blé

by (1837–1918)

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Sur le bord d'une route Un épi de froment, Né du hasard sans doute, Se penchait tristement. Il croissait dans la solitude Et jamais la sollicitude Ne l'avait protégé. Il en était bien affligé, Car il songeait qu'à la moisson prochaine Le moissonneur ne prendrait pas la peine De le recueillir, Et que sur sa tige, Sans aucun prestige, Il faudrait vieillir.

Une implacable sécheresse Vint ajouter à sa détresse; Il crut bien qu'il allait périr Avant de mûrir. Heureusement qu'une fauvette Quand le jour avait lui, Venait chanter sa chansonnette Auprès de lui.

—Toi dont le coeur est bon, entends ma voix plaintive, Doux chantre ailé, Lui dit-il désolé, Va me chercher là-bas quelques gouttes d'eau vive, Je voudrais vivre encor.

L'oiseau prit son essor Et, d'une aile rapide, A la source limpide Vola, compatissant; Il puisa quelques gouttes Et vint les verser toutes Sur l'épi languissant. C'en fut assez. L'épi, sous la molle rosée, Retrouva sa force épuisée Et sa vigueur; Il trouva l'existence un peu moins monotone Et, lorsque vint l'automne Avec sa rigueur, Il était mûr, et sa tête superbe Se balançait avec orgueil. Alors il entendit, dans une touffe d'herbe, Un chant de deuil. Il écouta. C'était la fauvette obligeante.

—Qu'as-tu donc, lui dit-il d'une voix engageante, Qu'as-tu donc à gémir ainsi?

—J'ai faim, répondit-elle, et cherche quelques graines... Je voudrais voler loin d'ici Et mes ailes sont vaines!

—Mes grains sont mûrs; viens près de moi, Je te les donne Et m'abandonne A toi.

L'épi, vers la terre endormie, A ces mots, s'inclina soudain, Et la fauvette son amie Ne mourut pas de faim.

Faites la charité, faites sans bruit l'aumône, Pour Dieu d'abord et puis pour vous; Car vous ne savez pas, fussiez-vous sur un trône, Ce que vous garde un sort jaloux.