French poem
La Ligue des Rats
by Pamphile Le May (1837–1918)
Un jeune chat, naguère, Faisait souvent la guerre Aux rats: C'était pour cette gent rongeuse Un embarras Qui la rendait songeuse; Elle en était réduite à rester dans son trou, Sous verrou. Un tel état de siège, Était plus irritant Que n'importe quel piège.. Il était important D'y mettre fin tout de suite; Mais le moyen? Il fallait le trouver, on agirait ensuite.
Le doyen, Un vieux qui bien des fois avait vu la bataille D'assez loin, Prit sur lui d'assembler noblesse et valetaille Dans un coin. On vint de toute part; du grenier, de la cave Et même du dehors. Certains rats étaient frais, d'autres avaient l'oeil cave Celui-ci passait pour retors, Celui-là, disait-on, mettait les chats en fuite, Et tous avaient tenu la plus belle conduite En mainte occasion.
Le vieux prit la parole Et dit avec concision:
—Notre jeune ennemi sans pitié nous immole; Il nous guette partout, Ma douceur est à bout. Il faut lui faire entendre Ce que l'on doit attendre D'un rat digne de ce nom!
—Non! Reprit un autre énergumène, Ne nous laissons plus effrayer Par ce bambin qui nous malmène, Qui sait à peine bégayer Et se vante de son mérite!
—Sa lâcheté m'irrite, Dit sur le même ton Un raton; Il se cache pour nous surprendre Et n'agit que sournoisement.
—Lorsqu'il nous tient séparément Il est plus fort que nous, cela doit se comprendre; Il ne le sera pas si nous nous unissons, Dit un autre opinant à la mine superbe.
On fit longtemps encore de l'éloquence acerbe, Et l'on voyait courir d'énergiques frissons Dans l'illustre assemblée. On décida d'emblée D'aller en plein soleil provoquer maître chat, Et, par un coup brillant de faire le rachat De l'antique indépendance Des rats et des souris. Devant tant de héros le pauvre chat, surpris, Perdrait bien son outrecuidance Et fuirait tout confus... On comptait là-dessus.
On partit plein d'ardeur pour tenter l'aventure, Mais! le chat qui guettait au bord de l'ouverture Par où les valeureux s'attendaient de sortir, Miaula tout à coup d'une voix ironique. Les rats furent saisis d'une affreuse panique, Et chacun dans son trou s'en alla se blottir.
Vous n'aurez jamais de problèmes En multipliant des zéros, Multipliez les poltrons mêmes Vous n'aurez jamais de héros.