Versos French Pamphile Le May La Maison Paternelle

French poem

La Maison Paternelle

by (1837–1918)

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J'ai revu la maison où le ciel m'a fait naître; J'ai revu l'humble chambre où, seul, pour rêver mieux, Je m'enfermais souvent quand se voilaient les cieux. Je me suis, comme alors, assis dans la fenêtre Pour entendre le vent et les feuilles gémir, Pour regarder le ciel avec ses blancs nuages, Les bois à l'horizon et les gras pâturages, Et le fleuve qui semble au loin toujours dormir. Je ne retrouve plus cette douce lumière Qui descendait d'en haut sur la pauvre chaumière; Mes arbres ont grandi: sur leurs épais rameaux Je n'entends plus chanter mes gais petits oiseaux!

Depuis longtemps le feu s'est endormi dans l'âtre Et le seuil vermoulu s'est voilé de gazon. On ne voit plus de croix pendue à la cloison, Ni d'images de saints, ni de niches en plâtre. Sous le foyer moussu les grillons réunis Jettent, de temps en temps, leur cri mélancolique, Et, dans la cheminée, aux angles de la brique, Les agiles moineaux ont accroché leurs nids. Sur les carreaux poudreux l'araignée âpre et louche A suspendu, sa toile où meurt la pauvre mouche. Et, du soleil de juin jamais les doux rayons N'entrent pour réchauffer les humides plafonds!

O sainte vision! Dans cette salle basse, Au pied d'un vieux crucifix noir, Je revois la famille, à chaque jour qui passe, Faire la prière du soir. Mon père avec soucis près de lui nous rassemble: Longtemps il prie à haute voix. Après chaque oraison nous répondons ensemble: «Amen» en regardant la croix.

Les auvents sont tombés, et l'eau, pendant l'orage, Goutte à goutte descend le long des vieux lambris. Moi je pleure à l'aspect de ces tristes débris, Et je vois rire, hélas! les enfants du village. Ils me croient étranger, moi, dans ces lieux bénis Qui furent si longtemps à mes yeux tout le monde! Ce soleil qui reluit, cet air pur qui m'inonde, C'est l'air, c'est le soleil de ces enfants brunis Qui vont courir, pieds nus, le longs des vertes haies, Dénichant les oiseaux, cueillant de rouges baies, Et ne se doutant pas que j'ai couru comme eux Dans ces prés verdoyants et ces taillis ombreux!

Rien n'a changé, du reste, à l'horizon de flamme. Au bout des champs de blé je vois, comme jadis, Le grand fleuve rouler, entre ses bords hardis, Les flots verts où se plonge en cadence la rame. Et, par delà le fleuve, au milieu des vieux pins, Deschambeault lève encor ses deux flèches timides. Comme un ruban d'azur aux front des cieux sereins, La forêt, au midi, se déroule en ceinture. Le ciel sourit partout. O charmante nature, Tu n'as pas comme moi vu mourir sans retour Ta jeunesse suave et tes hymnes d'amour!

O ma pauvre maison, il me semblait, naguère, Que ton beau pignon rouge et ton joli carré Dessineraient toujours sur le ciel azuré, Comme au fond de mon coeur, leur silhouette fière! Et tu croules déjà! Ton maître d'aujourd'hui?

Te regarde tomber avec indifférence. Tu n'as pas abrité les jours de son enfance, Tu n'es pas, ô mon toit, un lieu sacré pour lui! Reste debout pourtant, reste debout encor! Quand m'aura moissonné le mal qui me dévore, Tu tomberas alors ainsi que sont tombés Mes amours d'autrefois et mes rêves dorés.