French poem
La Luciole et la Rose
by Pamphile Le May (1837–1918)
Une brillante luciole, Ouvrant ses ailes dans la nuit, Comme une étincelle qui vole Glissait mollement et sans bruit.
Quand on jette sur son passage La rayonnement des splendeurs, Quand on a l'éclat des grandeurs Il est malaisé d'être sage, Et d'éviter longtemps l'écueil.
La luciole eut de l'orgueil, Elle vit une fraîche rose Qui cachait dans l'obscurité Et son parfum et sa beauté.
—Voilà bien une triste chose, Pensa l'insecte au vol de feu. Pauvre fleur, dis-moi donc un peu De quoi te servent ton dictame, Et ta grâce, et ton coloris? Nul ne te voit; et, sur mon âme! J'en suis chagrin, mais pas surpris.
—Reste avec moi jusqu'à l'aurore, Répondit la reine des fleurs.
L'insecte babillait encore Quand le jour rendit ses couleurs A sa jeune et gentille amie.
—La terre n'est plus endormie; Voltige donc dans le ciel clair Et l'on croira voir un éclair, Souffla la rose avec malice.
—Je ne saurais entrer en lice, Je ne brille pas dans le jour, Répliqua tristement l'insecte.
C'est un malheur que je respecte, Dit la fleur; mais chacun son tour. Je luis lorsque tu dois t'éteindre; Tu me plaignais, je vais te plaindre.
Tel se tient aujourd'hui sous des voiles épais, Qui pour briller attend l'heureuse circonstance; Tel vous semble passer une triste existence Qui jouit en son coeur d'une suave paix.