French poem
La Limace et le Rosier
by Pamphile Le May (1837–1918)
Traînant avec lenteur sa glutineuse masse, Une limace Vient se coller sur un rosier, Et, dans sa turpitude, Prenant une fière attitude, Lui crie à plein gosier:
—Un beau rosier, vraiment, qui n'a que des épines Et quelques feuilles sans couleurs! Dis donc, l'ami, quand on est sans fruits et sans fleurs On ne craint guère les rapines; On fait l'important néanmoins... Tu ne veux point parler? Ne vois-tu pas, au moins, Que je te souille? Allons! grouille; N'as-tu pas de souci? Chasse-moi, si tu l'oses, Ou demande merci.
Le rosier, entrouvrant ses roses, Lui dit:
—Tes insolents discours Ne nous empêchent pas, moi de fleurir toujours Et toi, pauvre grossière, De te traîner dans la poussière.
Derrière le nuage épais Souvent un beau soleil se joue... L'envie à la vertu jette parfois la boue, La vertu cependant plane sur elle en paix.