French poem
La Mer et le Rocher
by Pamphile Le May (1837–1918)
—Je veux aller plus loin, dit la mer orgueilleuse Au rocher debout sur ses bords; Abaisse-toi, sinon... Je ne suis point railleuse, Et j'éprouve comme un remords De m'être tant de fois à tes pieds endormie. Tu pourras me compter comme ton ennemie Si tu ne me laisses courir Où le doux caprice m'entraîne. Abaisse-toi, te dis-je, ou tu vas encourir, Pauvre roc, ma profonde haine.
—A ma place je suis, j'y reste par devoir. Répondit le rocher sans du tout s'émouvoir Si j'allais obéir, ajouta-t-il, tes ondes Couvriraient les plaines fécondes D'un immense voile de deuil, Et je deviendrais ton complice: Renonce à ton caprice, Car je suis le seuil Que tu ne peux franchir, ô mer impérieuse.
Jusqu'en ses profondeurs la mer frémit alors: Elle fit tout à coup de suprêmes efforts Et s'en vint furieuse, Dans un terrible choc, Se briser en hurlant sur l'immobile roc.
Quelque place qu'on vous confie, Faites votre devoir et demeurez sans peur. La menace ne terrifie Que l'infidèle serviteur.