Versos French Pamphile Le May La Lutte Pour le Sceptre Chez les Animaux

French poem

La Lutte Pour le Sceptre Chez les Animaux

by (1837–1918)

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Un jour les animaux sauvages, Voulant imiter les humains Dans leurs politiques desseins, S'assemblèrent sur les rivages D'un fleuve profond, Au pied d'un rocher solitaire Où l'aigle avait bâti son aire, Afin de discuter à fond S'il était opportun d'élire pour la vie, Ou pour un terme seulement, Non pas un roi,—cela vraiment Sent trop la tyrannie,— Mais un bon Président Qu'on traite comme un hôte, Que l'on met, que l'on ôte Avec un zèle ardent. On s'entendit tout de suite: Le président élu Resterait président durant bonne conduite. Le décret fut lu, Et chacun l'approuva sur l'heure à sa manière.

—Qui sera chef? dit l'ours sorti de sa tanière Avec l'espoir au coeur.

—Ce sera le vainqueur Dans une joute, Et sans doute, Sire, ce sera vous, dit le renard malin.

—Mais qu'allons-nous tenter? quel combat? quelle lutte,' Sera-ce le plus fort, sera-ce le plus fin Qui régnera sur nous après cette dispute?

Reprit le loup-cervier.

—Que se soit le premier Qui touchera la rive, Dit d'une voix craintive Le timide castor.

—Tu ne penses qu'à toi, malheureux amphibie!

Renonce à ta lubie; Pour cette course-là tu peux attendre encor, Réplique durement une méchante hyène.

—Pas de gêne; Que chacun, mes amis, s'exprime à sa façon: Il faut donner à l'homme une bonne leçon, Dit un grand orignal en branlant sa ramure.

Un long murmure Accueillît ce discours en trois ou quatre mots. Les prétendants allaient se montrer aussi sots Que les hommes eux-mêmes En ne s'entendant point sur l'objet du combat, Et le débat Commençait à traîner en des longueurs extrêmes, Quand un aigle orgueilleux, Ouvrant ses larges ailes, Du haut du rocher sourcilleux Les plaisanta sur leurs querelles.

—Nous sommes bafoués par cet impertinent, Dit un jeune lion, secouant sa crinière, Vengeons-nous donc incontinent En allant le chasser de sa retraite altière, Et le premier rendu,— Que ce soit entendu,— Sur son front anobli mettra le diadème.

Aussitôt dit aussitôt accepté. Chacun voulant saisir l'autorité suprême, S'élance avec impétuosité A l'assaut de la côte Abrupte et haute. Mais que de vains efforts! que d'efforts malheureux! Les pieds et les genoux des plus aventureux Se déchirent sans cesse aux angles de la roche; Au moment qu'il approche, Hélas! plus d'un héros Tombe et se rompt les os.

Cependant un serpent se glisse avec prudence Parmi la mousse dense Et dans les fentes du rocher; Il passe à travers les fascines, Il réussit à s'accrocher Aux rameaux, aux racines, Arrive le premier sur les âpres sommets, Et, pour se mettre en règle, Jette le nid de l'aigle Sur ses nouveaux sujets.

Citoyens à la forte trempe Qui voulez noblement atteindre le pouvoir, Faites place à l'homme qui rampe Et monte sans se faire voir!