French poem
La Mort de Chénier II (C'était l'écrasement... Saint-Charle et Saint-Denis)
by Pamphile Le May (1837–1918)
C'était l'écrasement... Saint-Charle et Saint-Denis, Penchés sur des tombeaux, pleuraient leurs morts bénis. La force triomphait. Là-bas, sous le ciel morne, Étendards déployés, venait le vieux Colborne. Des paysans repus, arrachés aux labours, Couraient grossir sa troupe à l'appel des tambours, Et, par les champs déserts, comme une sombre tache, Le bataillon maudit entrait dans Saint-Eustache.
Chénier veillait. Et, sur l'église et le couvent, Le drapeau tricolore ouvrait ses plis au vent, Comme un livre mystique ouvre ses pages saintes. Les femmes qui priaient dans ces calmes enceintes, Au premier cri de guerre en pleurant avaient fui. Chénier était entré. Pressés autour de lui, De vaillants laboureurs, l'orgueil de notre histoire, Attendaient, souriants, la mort ou la victoire.
Comme un serpent s'enroule autour d'un vert rameau, Le bataillon anglais étreignit le hameau. Sur les chemins durcis la foule accoutumée Bientôt ne passa plus. Nulle blanche fumée, Au caprice du vent, ne faisait vers les cieux, Monter des âtres nus ses orbes gracieux. Quelque chose ébranla la terre tout entière. Dans le bourg tout gémit, excepté l'âme altière Des héros qui luttaient pour notre liberté. Le prêtre s'éloigna; l'autel fut déserté...
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