Versos French Pamphile Le May La Mort de Chénier V (Au bruit de la mitraille, aux clameurs des boulets)

French poem

La Mort de Chénier V (Au bruit de la mitraille, aux clameurs des boulets)

by (1837–1918)

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Au bruit de la mitraille, aux clameurs des boulets S'ajoutent tout à coup de sinistres reflets. C'est l'incendie. Horrible et douloureux spectacle, La voûte où court le feu, sur le saint tabernacle Et sur les défenseurs de nos champs opprimés Laisse tomber déjà cent tisons enflammés.

Mais rien ne ralentit, pourtant, l'ardeur des nôtres. Chénier voit le danger. Il va des uns aux autres, Brave jusqu'à la fin, grand même sans espoir, Pour les encourager à faire leur devoir Jusqu'à la mort.

Malgré le fer qui les refoule, Il leur faut s'échapper du temple qui s'écroule, Mettre l'épée au poing, et comme un tourbillon, Se frayer une route au coeur du bataillon.

—Suivez-moi, mes amis, clama le patriote. Il s'élance déjà...

Mais un Iscariote, Un de ces êtres vils que l'or trouve soumis, Se tenait au milieu des soldats ennemis, Guettant d'un oeil cruel sa glorieuse proie. Il voit Chénier qui sort, court, attaque, foudroie Tout ce qui lui résiste et tout ce qui s'enfuit... Il épaule son arme; une étincelle luit; Et le héros s'affaisse avec ce cri suprême:

—Vive la patrie!

Or, luttant toujours quand même, Il se dresse aussitôt sur le sol qu'il rougit; Et s'apprête à tirer.

Alors l'autre rugit, Bondit à ses côtés, le renverse, l'assomme. Et ce n'est pas assez! Dans sa rage, cet homme Lui fouille la poitrine, en arrache le coeur, Et le montre sanglant au bataillon vainqueur.

On entendit dans l'air une plainte étouffée. Quelques gouttes de sang tombèrent du trophée, Comme des pleurs de feu, sur le sol dur et froid. Et l'on dit qu'aussitôt, en ce sinistre endroit, On vit naître une fleur aux ardentes corolles... Ô vous qui m'entendez, retenez mes paroles, Cette fleur qui surgit alors avec fierté, C'est la fleur des martyrs, la sainte liberté!