Versos French Pamphile Le May La Mort de Chénier III (Sans cesse on entendait l'ardente sonnerie)

French poem

La Mort de Chénier III (Sans cesse on entendait l'ardente sonnerie)

by (1837–1918)

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Sans cesse on entendait l'ardente sonnerie, Et les crépitements de la mousqueterie; Sans cesse l'on voyait de sinistres éclairs Empourprer les champs nus ou le brouillard des airs.

L'église dressait là son épaisse muraille Et paraissait un fort. Sans repos la mitraille Pleuvait de tous côtés par les châssis béants... C'était un beau combat, un combat de géants!

Parmi les assiégés plusieurs n'avaient pas d'armes. Ils s'en plaignaient. Chénier leur dit avec des larmes: —Attendez, mes amis!... Ni plaintes, ni remords... Vous prendrez dans l'instant les armes de nos morts!

Tu n'étais pas, Chénier, de ces citoyens lâches Qui n'osent accomplir les périlleuses tâches, Et cachent leur terreur sous le prétexte vain Qu'il faut dans tout pouvoir admettre un droit divin; Qu'il faut s'agenouiller et souffrir en silence, Quand le droit profané se change en violence!

Ô peuple, si tu fais de tes droits l'abandon; Si tu réponds toujours par un lâche pardon Aux outrages nouveaux des éternelles haines, Tu perds le sens du droit, tu te forges des chaînes! On n'a point de respect pour ton sceptre avili; Tu descends promptement au gouffre de l'oubli; De tes soldats tombés nul ne garde mémoire, Et ton drapeau muet ne chante aucune gloire!