Versos French Pamphile Le May Le Printemps

French poem

Le Printemps

by (1837–1918)

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Salut, printemps fécond. Tu souris à la terre; Tu rends au pré ses fleurs, au bois son vert manteau, liais tu ne saurais rendre à la plaintive mère, Printemps si beau, Par tes effluves embaumées, Ses jeunes filles bien-aimées Qui reposent dans le tombeau!

L'hiver qui recouvrait de son voile de glace Nos coteaux, nos vallons, Comme un drap mortuaire étendu sur la face Des morts que nous pleurons, Au soleil s'est fondu comme une molle cire. Sur l'aride forêt L'on ne voit plus, au loin, le blanc frimas reluire Comme un léger duvet. Les brouillards qui traînaient leurs longues robes grisa Sur la cime des bois, Au souffle parfumé des matinales brises S'envolent à la fois; Et les échos joyeux de leurs grottes profondes Sortent tout triomphants; Et l'on entend partout le murmure des ondes Et les cris des enfants.

Salut, printemps fécond. Tu souris à la terre; Tu rends au pré ses fleurs, au bois son vert manteau, Mais tu ne saurais rendre à la plaintive mère, Printemps si beau, Par tes effluves embaumées, Ses jeunes filles bien-aimées Qui reposent dans le tombeau!

Et la terre, déjà, de fleurs est étoilée Comme l'azur du ciel. Et déjà l'on entend, sous la cime voilée, Un concert éternel. Le gazon reverdit sous les pieds qui le foulent, Et les champs labourés Paraissent jusqu'au loin comme des flots qui roulent Vers des bords empourprés. Le chant du laboureur qui revient de l'ouvrage Au coucher du soleil, Le murmure du vent, les soupirs du feuillage, Le bruit du flot vermeil Qui déchire aux cailloux son éclatante écume, Le nuage argenté Et le grillon mutin sur le sillon qui fume, Tout est plein de gaîté!

Salut, printemps fécond. Tu souris à la terre; Tu rends au pré ses fleurs, au bois son vert manteau, Mais tu ne saurais rendre à la plaintive mère, Printemps si beau, Par tes effluves embaumées, Ses jeunes filles bien-aimées Qui reposent dans le tombeau!

Une molle vapeur, comme un rideau de soie? S'élève le matin Du fond de la vallée où la rose déploie Sa robe de satin. Et l'on voit, à travers ces nappes diaphanes, Flotter, comme dans l'eau, Les profils indécis des flexibles lianes Et du pâle bouleau. Ainsi de l'avenir l'anxieuse jeunesse Croit parfois entrevoir Les contours incertains, la forme enchanteresse, Quand l'amour ou l'espoir, Comme un rayon de feu, comme une douce haleine, Pénètrent le rideau Tombé devant les yeux de la sagesse humaine Depuis notre berceau.

Salut, printemps fécond. Tu souris à la terre; Tu rends au pré ses fleurs, au bois son vert manteau, Mais tu ne saurais rendre à la plaintive mère, Printemps si beau, Par tes effluves embaumées, Ses jeunes filles bien-aimées Qui reposent dans le tombeau!

Mille arbustes nouveaux, mille nouvelles plantes Surgissent du sol nu. Le printemps leur a fait des promesses brillantes, Mais, l'automne venu, En vain l'on cherchera la trace d'un grand nombre. Ainsi pour les humains! Quand le soir de la vie étend au loin son ombre Sur les tristes chemins, Ceux qui restent debout retournent en arrière Des regards superflus: La route est recouverte, hélas! de la poussière De ceux qui ne sont plus! Un besoin de soleil ou des feux implacables, L'onde ou les aquilons Ont fait périr beaucoup de ces fleurs adorables Dont les jours semblaient longs!

Salut, printemps fécond. Tu souris à la terre; Tu rends au pré ses fleurs, au bois son vert manteau, Mais tu ne saurais rendre à la plaintive mère, Printemps si beau, Par tes effluves embaumées. Ses jeunes filles bien-aimées Qui reposent dans le tombeau!

Il est doux maintenant de reprendre les courses Sur les coteaux lointains, De s'asseoir et prier au bord des fraîches sources, Sous le dôme des pins. Il est doux d'écouter les grives et les merles, Revenus au buisson, Égrener, tour à tour, comme un collier de perles, Leur vibrante chanson! Le soleil qui descend derrière les nuages Jette un ruban de feu, Une auréole d'or au front des monts sauvages Et du graud fleuve bleu. Ces gerbes de rayons, ces ardentes traînées Qui descendent des cieux Sont comme un souvenir de louis jeunes années Pour ceux qui se font vieux!

Salut, printemps fécond. Tu souris à la terre; Tu rend» au pré ses fleurs, au bois son vert manteau, Mais tu ne saurais rendre à la plaintive mère, Printemps si beau, Par tes effluves embaumées, Ses jeunes filles bien-aimées Qui reposent dans le tombeau!

Et la gaîté renaît dans l'obscure chaumière Que l'hiver désolait. A travers les carreaux maintenant la lumière Laisse entrer un reflet. Qu'importe qu'au foyer toute flamme soit morte, Le soleil est bien chaud. Pour ranimer son fils, la mère ouvre la porte A ce rayon d'en haut. Et tous les coeur» brisés, dans la pauvre famille Qui trouvait le ciel dur Quand la bise emportait la fleur de la charmille Et le dernier fruit mûr, Bien joyeux aujourd'hui que revient l'espérance, Montent vers le Seigneur: Ils n'ont plus souvenir des jours de la souffrance Au retour du bonheur!

Salut, printemps fécond. Tu souris à la terre; Tu rends au pré ses fleurs, au bois son vert manteau, Mais tu ne saurais rendre à la plaintive mère, Printemps si beau, Par tes effluves embaumées, Ses jeunes filles bien-aimées Qui reposent dans le tombeau!