French poem
Le Rat et le Paté
by Pamphile Le May (1837–1918)
Un rat qui voyageait du grenier à la cave, Pour sa santé, Fut enchanté De sentir tout à coup l'odeur la plus suave. Il passait en effet Vis-à-vis un buffet Où, depuis un instant, la vieille cuisinière Avait apporté Un large pâté.
—Chacun son goût, dit-il, et chacun sa manière: Moi j'accepte le bien Qu'on me donne pour rien, Et ce pâté, je crois, vaut que je m'arrête en route. Mais je serai bon rat Et pas du tout ingrat, Je mangerai la mie et laisserai la croûte.
Fuis tout en devisant De ce ton suffisant, Il cherchait dans les coins un facile passage; Mais il eut beau chercher Tout autour du plancher Il n'aperçut nul trou dont il put faire usage.
—Bah! je vais en faire un: Si je travaille à jeun Je mangerai, dit-il, joliment davantage; Le pâté, tendre ou dur, Y passera bien sûr, Et personne avec moi ne fera de partage.
Il se mit à ronger Sans nullement songer Qu'un chat couché là-haut pouvait fort bien l'entendre, Le matou bon sujet Devina son projet, Se blottit dans un coin et résolut d'attendre. Or, le rat imprudent D'un dernier coup de dent Achève l'ouverture; il se montre la tête; Le chat l'attrape alors Et l'amène au dehors: —Nous serons deux, dit-il, pour terminer la fête; J'ai comme toi, petit, Assez bon appétit.
Quand l'espoir d'un plaisir ou d'un gain vous appelle, N'allez pas au danger D'un coeur vain ou léger, N'exposez pas vos jours pour une bagatelle.