French poem
Noël
by Pamphile Le May (1837–1918)
L'hiver a suspendu, comme la blanche hermine Qui borde le manteau des rois, Sa guirlande de neige éblouissante et fine Aux rameaux dépouillés des bois.
Le jour a disparu. La nuit traîne ses ombres; Les champs semblent plus désolés; Les sapins du coteau se dessinent plus sombres Dans l'azur des cieux étoilés.
Et l'on entend parfois, sur la neige stridente, L'acier d'un rapide traîneau, Et le souffle glacé de la bise mordante Qui fait gémir chaque rameau.
Et l'on entend aussi dans la blanche chaumière Retentir de joyeuses voix. L'heure avance; il est tard et pourtant la lumière Brille encore aux châssis étroits.
Enfants, qu'attendez-vous pour gagner votre couche Vieillards, vous aimiez le sommeil? Vierge, si tu ne dors, adieu la fraîche bouche, Le front de rose et l'oeil vermeil....
Mais j'entends plus souvent, sur la neige stridente, L'acier des rapides traîneaux, Et le souffle glacé de la bise mordante Qui fait gémir tous les rameaux.
J'entends des rires, Des chants joyeux, De douces lyres Aux sons pieux! J'entends encore Sur le rocher L'airain sonore Du vieux clocher. Sa voix tremblante Qui pleure ou chante Dans l'obscurité, Semble la trompette D'un ange qui jette Dans l'Eternité Son cri répété! Le temple étincelle, La voûte ruisselle De mille clarté? Comme la houle L'ardente foule S'empresse et roule De tous les côtés! Le feu s'allume Et l'encens fume Devant le saint autel! L'orgue sublime Soudain s'anime Sous les doigts d'un mortel! C'est la mer profonde Qui berce son onde, La foudre qui gronde Au sommet des monts! C'est la flûte molle, L'oiseau qui s'envole, Où l'humble corolle Qui glisse aux vallons!
A genoux! à genoux! troupe fidèle et sainte, Devant un modeste berceau! A genoux! à genoux! Que la pieuse enceinte Retentisse d'un chant nouveau!
Cet enfant qui vagit sur le sein de sa mère, Quatre mille ans l'on attendu! C'est le Verbe Éternel qui descend sur la terre Pour sauver le monde perdu!
Dans une crèche sombre Marie était alors. Il faisait froid dehors, Elle chantait dans l'ombre:
«Dors, Jésus, mes amours, «Je veille sur tes jours!
«Quelle ardeur me transporte! «Les hommes savent-ils, «O Jésus, mon cher Fils, «L'amour que je te porte?
«Dors, Jésus, mes amours, «Je veille sur tes jours!
«Comme ta bouche est rose! «Comme ton oeil est doux! «Sur mes faibles genoux, «O mon enfant, repose!
«Dors, Jésus, mes amours, «Je veille sur tes jours!
«Tu n'as pas de beaux langes «Comme l'enfant d'un roi, «Mais je chante pour toi «Les paroles des anges!
«Dors, Jésus, mes amours, «Je veille sur tes jours!
«Dans mon âme ravie «Je possède le ciel! «Les femmes d'Israël «Me porteront envie!
«Dors, Jésus, mes amours, «Je veille sur tes jours!
«Et puis dans ma vieillesse...»
Mais quel triste penser Fit tout-à-coup cesser Ce doux chant d'allégresse?
A genoux! à genoux! le Verbe est incarné! Un nouvel astre a lui pendant la nuit obscure! A genoux! à genoux devant la Vierge pure Qui pleure sur son nouveau-né!
Et, dans l'église toute ornée, Pendant cette sublime nuit Où l'étoile des Mages luit, La foule reste prosternée.
Les hymnes glorieux? De la reconnaissance S'élèvent jusqu'aux cieux. La prière s'élance De l'autel radieux, Et l'orgue recommence Ses accords merveilleux, Et l'encensoir balance Ses parfums précieux!
La cloche résonne Dans l'air retentissant! L'étoile sillonne L'azur resplendissant! Le givre rayonne Sur l'arbre frémissant! Le vent murmure Et la nature Fête en tout lieu, Et l'âme pure S'élève à Dieu!