Versos French Pamphile Le May Noël et les Jours Gras

French poem

Noël et les Jours Gras

by (1837–1918)

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Les jours coulaient ainsi que les vagues du fleuve. L'hiver jetait encore une tenture neuve, Comme un manteau de lis, sur les vieilles forêts. Le soleil du printemps fondra de ses reflets Les flocons argentés que l'hiver noue aux branches; Mais quel soleil jamais fondra les mèches blanches Que l'hiver de la vie attache sur vos fronts, O débiles vieillards! O rameaux, heureux troncs, Vous secouerez un jour votre torpeur morbide Et vous reverdirez! Une sève rapide Dans vos veines courra comme un sang généreux! Vous étendrez encor vos feuillages ombreux Sur les nids des oiseaux qui chanteront d'ivresse! Vous trouverez demain votre ardente jeunesse! Mais nous, quand nous perdons nos nobles facultés; Quand nos corps affaiblis regrettent leurs beautés; Que notre esprit s'affaisse et n'a plus la mémoire De ce qui fut jadis et sa force et sa gloire; Et quand à notre lèvre aride et sans fraîcheur Nos mains ne portent plus la coupe du bonheur, Nul doux rayon de feu, nulle brise attiédie Ne rajeunissent l'âme et ne rendent la vie! Nous ne revoyons pas deux fois l'aube du jour! Et pour nous, tout, hélas! est fini sans retour!

Noël était passé, Noël la grande fête! Et les antiques bois avaient courbé leur tête, En signe de respect, au moment où l'airain, A l'heure de minuit, au fond du ciel serein, Pour redire aux chrétiens la sublime nouvelle, Fit vibrer les accords de sa voix solennelle. Et tous les jeunes gars de nos heureux cantons, Les vieillards appuyés sur leurs noueux bâtons, La femme enveloppée en son châle de laine, Par les chemins de neige au milieu de la plaine, Etaient venus prier devant l'humble berceau Où Jésus paraissait reposer de nouveau.

Puis vinrent les jours gras: jours de fêtes profanes Où l'on entend chanter dans les pauvres cabanes Comme sous les lambris des riches habitants. Alors on voit passer les chevaux haletants Que guident au grand trot des amoureux frivoles. Assis sur le devant des vertes carrioles, Les gars mènent, au loin, d'adorables minois Cachés bien chaudement, à cause des vents froids, Dans les peaux de bison, sur le siège d'arrière. Ils vont à la veillée. Et la nuit toute entière On va rire et danser en se parlant d'amour. Et le gai tourbillon volera jusqu'au jour Aux accords entraînants d'une ardente musique, Au son du violon et du fifre rustique.

Et viendront les soupers, les célèbres fricots Toujours assaisonnes de rires, de bons mots. Les plats étincelants sur les immenses tables Sont remplis à pleins bords d'aliments délectables. Ici, le lard épais et doré par le feu, Là, les pâtés de viande étoiles au milieu, Les croquignoles d'or artistement tressées, Et, comme un lac d'argent, les sauces épicées. Puis l'on boit et l'on chante. Et les jeunes garçons D'une dolente voix modulent des chansons Pour attendrir le coeur un peu dur de leurs belles. Et, pendant qu'on entend les femmes rire entre elles, Echauffés par le rum, les radieux vieillards, Disent gaiement en choeur des refrains égrillards.