French poem
28 (Huit jours se sont passés…)
by Paul Haag (1843–1911)
Huit jours se sont passés — huit jours, huit jours encore ! Huit fois sortant des feux de l’orient qu’il dore, Pour descendre au couchant dans la pourpre et le sang, Le Soleil a tracé son cercle éblouissant ! Et moi, pauvre captif, dans ma prison maudite La tête entre mes mains, tristement je médite, Et, les yeux grands ouverts, tragique fainéant, Je contemple la vie humaine et son néant Et j’écoute du Temps la marche monotone. — Comme un grand parc désert, balayé par l’automne, Montre la nudité lugubre de ses murs Que masquait l’épaisseur des feuillages obscurs, Ainsi dans la forêt remuante des choses Où le fourmillement des effets et des causes Captivait autrefois mon regard curieux, Un vent d’hiver soufflant et dessillant mes yeux M’a fait apercevoir par d’affreuses trouées La Mort debout, au fond des sinistres allées ; Et tandis que le monde en son frivole émoi Lutte, désire, espère encore autour de moi, Rêveur sombre et pensif, de l’image entrevue Je ne puis, malgré moi, plus détourner ma vue.