French poem
Sais-tu combien il est parfois mélancolique
by Paul Haag (1843–1911)
Sais-tu combien il est parfois mélancolique Ce chemin que je fais le soir en te quittant, Ce long chemin à travers ce quartier tragique, Ce boulevard désert plein de soleil couchant ? Ah ! dis-moi, le sais-tu, toi mon âme, mon rêve, Dont le nom adoré sur mes lèvres s’achève Par un baiser, dis-moi si quelquefois tu sens Cette tristesse étrange et vague dont mes sens
Sont pénétrés ; si quelquefois ta rêverie Tourne en sanglots, et si ton âme est envahie Par ce souffle à la fois si doux et si navrant Qui fait qu’on pleure et qu’on est heureux en pleurant ?
Lorsqu’après nos adieux et tes tendres promesses J’ai vu comme dans une extase les caresses De ton dernier regard disparaître au détour De quelque mur bornant un lointain carrefour, Et lorsque j’ai repris ce chemin monotone, Ce chemin tout rempli des tristesses d’automne Qui me ramène à la populeuse cité, En traversant ce long quartier inhabité Et dont la solitude a d’indicibles charmes, Ah ! que de fois mes yeux se sont remplis de larmes ! Comment te dire alors les pensers pleins d’émoi, Les rêves oubliés qui revivent en moi Pareils aux flots pressés, débordante harmonie D’une mystérieuse et grave symphonie ; Pareils aux tons mouvants qu’au soir d’un beau jour pur, Le soleil expirant fait flotter dans l’azur. Je songe à cette vie, à son troublant mystère, Au présent qui sourit, doux rayon éphémère, Au changement possible, à l’avenir douteux,
Et, tandis que je vais, passant silencieux, Reflétant vaguement dans mes yeux mes pensées, Et qu’au ciel le couchant aux teintes nuancées Mêle à son tendre adieu l’enivrant souvenir Du jour qui fuit et que je voudrais retenir, J’entends confusément dans mon âme assombrie Mourir, écho lointain, ta douce causerie.