French poem
Paysage
by Paul Haag (1843–1911)
Dans le pays bizarre où mon rêve voyage Il est un très mélancolique paysage Que j’ai revu cent fois dans des cadres divers, Et qu’aujourd’hui je veux vous peindre dans mes vers. L’air transparent est plein du charme monotone Qu’y répand une douce après-midi d’automne, Et dans l’or attiédi d’un pur et beau soleil S’offre un village, à ceux de la Suisse pareil, Assis au bord d’un lac ou d’un fleuve très large Dont à gauche un riant coteau forme la marge. En face sont des prés, des champs, quelques maisons Éparses dans la plaine et les bleus horizons. Tout est calme : pas un frisson dans le feuillage, Pas un souffle dans l’air, au ciel pas un nuage. L’immense nappe d’eau, miroir profond et pur, Répète la pâleur mourante de l’azur, Et l’air étrangement sonore répercute Le sourd ébranlement que causent dans leur chute En un chantier, voisin de très lourds madriers, Lentement déchargés par quelques ouvriers, Ou bien le bruit que font près de moi sur la rive Des laveuses frappant du battoir leur lessive.