French poem
Minuit
by Paul Haag (1843–1911)
Ma lampe, se lassant de m’attendre sans doute, S’est éteinte : aux lueurs mourantes d’un tison Je rêve, assis encore à ma table et j’écoute Le silence qui semble agrandir la maison.
Le vent rôde au dehors dans la ville déserte ; J’entends se rapprochant, s’éloignant tour à tour, La plainte de son souffle errant qui déconcerte La lanterne tremblante au coin du carrefour.
Tout sommeille et se tait : une horloge lointaine Au centre de la ville a sonné douze coups. C’est Minuit, c’est la noire et taciturne Reine Dans ses sombres atours qui passe auprès de nous.
C’est un jour qui finit, c’est un jour qui commence ; C’est un feuillet qu’on tourne au livre Éternité ; C’est l’Avenir qui vient, c’est Demain qui s’avance, Forme confuse encor, bientôt réalité.
Ô Dieu, celui qui veille à cette heure te prie Pour ceux que le sommeil fait semblables aux morts. Permets que ce sommeil, cette trêve bénie, Fortifie à la fois et leur âme et leur corps.
Détourne de leurs fronts les mauvaises pensées, À leurs cœurs apaisés verse l’oubli profond ; Que les peines d’hier, par la nuit effacées, Ne se ravivent pas quand ils s’éveilleront.