French poem
« J’ai longtemps voyagé, courant toujours fortune »
by Philippe Desportes (1546–1606)
J’ai long-tans voyagé, courant tousjours fortune Sus une mer de pleurs, à l’abandon des flots De mille ardans soupirs et de mille sanglots, Demeurant quinze mois sans voir soleil ny lune.
Je réclamois en vain la faveur de Neptune Et des astres jumeaux, sourds à tous mes propos, Car les vents depitez, combatans sans repos, Avoient juré ma mort sans esperance aucune.
Mon desir trop ardant, que jeunesse abusoit, Sans voile et sans timon la barque conduisoit, Qui vaguoit incertaine au vouloir de l’orage.
Mais durant ce danger un écueil je trouvay, Qui brisa ma nacelle, et moy je me sauvay, A force de nager évitant le naufrage.
More by Philippe Desportes
- « Je crois que tout mon lit de chardons est semé »
- « Je ressemble en aimant au valeureux Persee »
- « Je vous offre ces vers qu’Amour m’a fait écrire »
- « J’ai dit à mon désir : pense à te bien guider »
- « L’âpre fureur de mon mal véhément »
- « Ma nef passe au destroit d’une mer couroucée »
- « Marchands, qui recherchez tout le rivage more »
- « Misérables travaux, vagabonde pensée »