French poem
Au Roi, sur sa libéralité envers les marchands de la ville de Paris
Santeuil, dont les heureux efforts Du cygne que le Mince éleva sur ses bords Imitant la voix plus qu’humaine, Enchantent les peuples de Seine Par de mélodieux accords, Si je puis, d’un accent aussi doux que sublime, Justifier le choix que tu fis de ma rime, Pour faire entendre à tes marchands, Si peu touchés de tes vers si touchants, Ce que de ton roi magnanime Tu nous racontes dans tes chants ; Si cet admirable tragique Dont on m’a préféré la voix Même après l’aveu de ton choix, M’entend d’un ton plus héroïque Faire parler le grand Louis, Et de ses combats inouïs Sur tes vers retraçant l’histoire, Les garantir de l’onde noire, Que mes sens seront réjouis D’une si fameuse victoire ! Que si Louis daigne encor m’écouter, Moi qui n’écris que pour la gloire, Savantes filles de Mémoire, Qu’aurai-je plus à souhaiter ? Chantez, peuple, chantez la valeur libérale, La bonté de Louis à son grand cœur égale : Du trône, d’où ses soins insultent les remparts, Forcent les bastions, brisent les boulevarts, Il vous tend cette main qui lance le tonnerre ; Et quand vous lui portez des secours pour la guerre, Qu’à tout donner pour lui vous vous montrez tous prêts, Il vous rend et vos dons et d’heureux intérêts. Ainsi quand du soleil la course rayonnante Fait rouler dans les cieux sa pompe dominante, Qu’en maître souverain de ce brillant séjour Il règle les saisons et dispense le jour, Il ne dédaigne point d’épandre ses lumières Sur les sables déserts et les tristes bruyères, Et sans que pour régner il veuille aucun appui, Il aime à voir l’amour que la terre a pour lui : La terre qui l’adore exhale des nuages Qui du milieu des airs lui rendent ses hommages ; Mais il n’attire à lui cette semence d’eaux Que pour la distiller en de féconds ruisseaux, Et de tous les présents que lui fait la nature Il n’en reçoit aucun sans rendre avec usure. Ô vous, célèbre corps, à qui de l’univers Tous les bords sont connus et tous les ports ouverts ; Vous par qui les trésors des plus heureuses plages Viennent de notre France enrichir les rivages, Oyez ce qu’au milieu du bruit de cent canons Votre grand Roi prononce en faveur de vos dons, Ce qu’en votre faveur la Muse me révèle : « Peuples, dit ce héros, je connois votre zèle, J’en aime les efforts, et dans tout l’avenir J’en saurai conserver l’amoureux souvenir. Vous n’avez que trop vu ce qu’ose l’Allemagne, Ce que fait la Hollande, et qu’a tramé l’Espagne, Ce que leur union attente contre moi. Plus l’attentat est grand, plus grande est votre foi, Et vous n’attendez point que je vous fasse dire Comme il faut soutenir ma gloire et mon empire : Vous courez au-devant, et prodiguez vos biens Pour en mettre en mes mains les plus aisés moyens. C’est votre seul devoir qui pour moi s’intéresse, C’est votre pur amour qui pour moi vous en presse : Je le vois avec joie. » À ces mots ce vainqueur, Sur son peuple en vrai père épanchant son grand cœur, Fait prendre ces présents, qu’un léger intervalle Renvoie accompagnés de sa bonté royale. « C’est assez, poursuit-il, d’avoir vu votre amour ; La tendresse du mien veut agir à son tour. Pour rendre cette guerre à ses auteurs funeste, Sujets dignes de moi, j’ai des trésors de reste ; J’en ai de plus sûrs même et de beaucoup plus grands Que ceux que vous m’offrez, que ceux que je vous rends : J’ai le fond de vos cœurs, et c’est de quoi suffire Aux plus rares exploits où mon courage aspire : C’est aux ordres d’un roi ce qui donne le poids ; C’est là qu’est le trésor, qu’est la force des rois. Reprenez ces présents dont l’offre m’est si chère : Si je les ai reçus, c’est en dépositaire, Et je saurai sans eux dissiper les complots Que la triple alliance oppose à mon repos. Ce fruit de vos travaux destiné pour la guerre, Ces tributs que vous font et la mer et la terre, Votre amour, votre ardeur à servir mes desseins, Les rend assez à moi tant qu’ils sont en vos mains. Mes troupes, par moi-même au péril animées, Renverseront sans eux les murs et les armées : J’en ai la certitude ; et de vous je ne veux Aucun autre secours que celui de vos vœux. Offrez-les sans relâche au grand dieu des batailles, Tandis que mes canons foudroieront les murailles, Et devant ses autels, prosternés à genoux, Invoquez-le pour moi, je combattrai pour vous. » Là se tait le monarque, et sûr de ses conquêtes, Aux triomphes nouveaux il tient ses armes prêtes. Cet éclat surprenant de magnanimité Par la nymphe à cent voix en tous lieux est porté. Que de ravissements suivent cette nouvelle ! Colbert y met le comble en ministre fidèle : Ce grand homme, sous lui maître de ses trésors, Mande par ordre exprès ce grand et nombreux corps, Le force d’admirer des bontés sans mesure, Et remet en ses mains ces dons avec usure. De là ces doux transports, ces prompts frémissements Qui poussent jusqu’au ciel mille applaudissements, Ces vœux si redoublés qui hâtent sa victoire, Ces titres par avance élevés à sa gloire. On voit Paris en foule accourir aux autels, Implorer le grand Maître et tous les Immortels : Ses temples sont ornés ; des lumières sans nombre Y redoublent le jour, y font des nuits sans ombre. Son prélat donne l’ordre, et par un saint emploi Répond aux dignités dont l’honore son roi. L’effet suit tant de vœux : les plus puissantes villes Semblent n’avoir pour nous que des remparts fragiles ; On les perce, on les brise, on écrase leurs forts : Il y pleut mille feux, il y pleut mille morts. Les fleuves, les rochers ne sont que vains obstacles ; Notre camp à toute heure est fertile en miracles ; Et l’exemple d’un roi qui se mêle aux dangers, Enflant le cœur aux siens, l’abat aux étrangers. Bezançon voit bientôt sa citadelle en poudre ; Dole avertit Salins de ce que peut sa foudre ; Et toute la Comté, pour la seconde fois, Rentre sous l’heureux joug du plus juste des rois. Mais ce n’est encor rien ; et tant de murs par terre N’étalent aux regards que l’essai d’une guerre Où le manque de foi, qu’il commence à punir, Voit le prélude affreux d’un plus rude avenir. Généreux citoyens de cette immense ville, À qui par ce grand roi tout commerce est facile, Vous qui ne trouvez point de bords si peu connus Où son illustre nom ne vous ait prévenus, Si vous n’exposez point de sang pour sa victoire, Vos cœurs, vos dons, vos vœux ont du moins cette gloire Que votre exemple montre au reste des sujets Comme il faut d’un tel prince appuyer les projets. Plus à ses ennemis il fait craindre ses armes, Plus la paix qu’il souhaite aura pour vous de charmes. Ce sera, peuple, alors que par d’autres vertus Ses lois triompheront des vices abattus ; Chaque jour, chaque instant lui fournira matière À déployer sur vous sa bonté toute entière ; Les malheurs que la guerre aura trop fait durer, Cette même bonté saura les réparer. Pour augure certain, pour assuré présage, Dans ces dons qu’il vous rend il vous en donne un gage ; Et si jamais le ciel remplit ce doux souhait, Vous voyez son amour, vous en verrez l’effet. Non frustra est tanto quod ferveat undique plausu Urbs omnis, lætique novum per compita cives Festum agitent : solio nuper vos magnus ab alto Respexit Lodoicus, et inter Martia signa Nunc bellator, opes castris Martique dicatas, Quas ultro fertis, magno cum foenore reddit. Sic ubi sidereos lustrat sol aureus orbes, Cœlestesque plagas et lucida regna pererrat, Nil telluris egens, patrio cum solus Olympo Jam valeat sese asserere, et regnare per astra, Ille tamen steriles non dedignatur arenas Respicere, et campos radiis recreare jacentes : Quod si forte novo tellus afflata calore In tenuem exhalet nebulam, imbriferumque vaporem (Grata quidem, supero sed inania munera soli), Excipit hunc primum, radioque humente tepentis Semina cogit aquæ, nutritque, fovetque propinquam Desuper irradians nubem ; quam deinde refundit Prodigus, et terras meliori munere ditat. O fortunati tanto sub principe cives ! Optima pars urbis, gemino gens nota sub axe, Quorum nominibus sese ultima littora, et omnes Undique se portus, sese maria omnia paudunt, Per vos, dicam equidem, spoliis Orientis onusta, Barbaricisque superba opibus, jam Gallica puppis Post tot vota redux Francis allabitur oris. Huc omnes, huc ferte pedem : Rex ipse, tubarum Clangores inter medios bellique tumultus, Alloquitur ; vos o memores mihi dicite Musæ, Vos, audistis enim, regales dicite vati Affatus : « Vestri non muneris immemor, inquit, O cives, dum sævit atrox conjunctus Ibero Germanus, Batavique truces sua fœdera jactant ; Pro decore imperii, pro majestate tuenda, Omnes thesauros, omnes effundere gazas, Certatim vobis fuit omnibus una voluntas, Idem animus : sensus agnosco hoc munere vestros. Hoc vestrum officium velit, et mea gloria poscat. Muneris id quodcumque, et vestri pignus amoris Accipio lætus. » Regis quam provida cura ! Ille quidem, secum belli dum fata volutat, Urbis amore suæ victus, pectusque paternum In populum accipiens, Colberto credidit ingens Jamjam pensandum regali munere munus. Depositum vocat : « Hac dextra, his victricibus armis Bellandum est, inquit ; sat erit mihi Martia virtus Qua conjuratas triplici sub fœdere gentes Protinus abrumpam, meque in mea jura reponam. Quas populus sibi quærit opes, quas anxia cura, Et quas mille artes, terraque marique petitas, Accumulant, vester, tanti in dispendia belli, Communes mihi fecit amor : jam ponite curas, Quæ populos, eadem reges opulentia ditat. Unum oro : dum me implicitum fera bella tenebunt, Multa implorantes suspensi hærebitis aris ; Ille deus bellorum, unus qui præsidet armis, Hostiles deus ille dabit perrumpere turmas. » Conticuit, rigidisque heros se involvit in armis, Securus fatorum, et jam prænuncia fama Ibat per populos, et splendida munera Regis Vulgabat ; lætis cives rumoribus acti Confusos urbis strepitus prona aure bibebant, Cum pulchro accensus patriæ Colbertus amore, Colbertus, gazæ cui credita cura tuendæ, Conscius ingentis facti (sic jussa ferebant), Congestas tot opes populorum inopinaque dona, Ingens depositum, magno cum foenore reddit. Hinc subiti plausus, hinc publica gaudia vulgi, Undique lætitiæ fremitus, votisque triumphos Accelerant victoris, et amplam inscribere certant Nobilibus titulis et belli insignibus urbem. Templa adeunt, onerantque aras et fronde coronant. Aspiceres populos concursu accedere magno, Et manibus passis omnes exposcere divos, Omnes cœlicolas : appensi altaribus ignes Dant lucem late, et largo loca lumine complent. Ipse aderat mitra effulgens, et vestibus aureus, Longe omnes supra, media inter vota sacerdos : Hic ille est magnis quem Rex præfecerat aris Harlæus, titulisque novis, et honoribus auctus. Audivere omnes superi, qui præsidet armis Audiit ipse Pater, dexter jam vota secundat. Ecce ruunt magnæ concussis mœnibus urbes, Rumpunturque obices : de collibus intonat altis Mille neces et mille ferens incendia fulmen. Luctus ubique et ubique fragor : jam gallica castra Montis inaccessas præruptis rupibus arces Invadunt, Rex ipse subit discrimina Martis. Unde pavor victis, victoribus inde furores. Jam superant fossas, non agger ab aggere tutus, Non juga, non amnes, non propugnacula tardant. Obstupuere cavis male tuti turribus hostes, Suppliciter tenduntque manus, veniamque precati Disjectis gaudent victorem admittere muris. I, nunc antiquas jacta, Vesontio, turres, Et tua nequicquam celsæ capita ardua rupis, Et Græum, et Dolam, et salibus loca fœta Salinas, Et bis capta tuas jacta, Burgundia, vires. Exigua ingentis sunt hæc præludia belli. Felices populi, regi jam plaudite vestro, Vosque parisiaci nova per commercia cives, Quo victor penetrat fama et velocibus armis, Ultra Indos, Arabesque, et arenivagos Garamantas, Quo vos, ingentem benefacti extendite famam. Nec vos officio pigeat certasse priores : Si belli expertes non diro occurritis hosti, Saltem animis, vestrisque opibus, votisque favetis. Hostibus incussit terrorem armatus, inermis Conciliare animos, vos devincire merendo Gestiet, et bello quondam perfunctus et armis Ditabit populos, defendet legibus urbes, Et res afflictas per tot discrimina belli Restituet bonus, et fata ad meliora vocabit : Hæc certa auguria, et longæ læta omina pacis Augustus Princeps augusto hoc munere firmat.
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