Versos French Pierre Corneille Au R. P. Defidel, de la Compagnie de Jésus, sur son traité de la « Théologie des saints »

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Au R. P. Defidel, de la Compagnie de Jésus, sur son traité de la « Théologie des saints »

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Toi qui nous apprends de la grâce Quelle est la force et la douceur, Comme elle descend dans un cœur, Comme elle agit, comme elle passe, Docte écrivain, dont l’œil perçant Va jusqu’au sein du Tout-Puissant Pénétrer ce profond abîme, Que les hommes te vont devoir ! Et que le prix en est ineffable et sublime, De ces biens que par là tu mets en leur pouvoir !

Oui, tant que durera ta course, Tu peux, mortel, à pleines mains Puiser des bonheurs souverains En cette inépuisable source. Un guide si bien éclairé : Te conduit d’un pas assuré Au vivant soleil qui l’éclaire : Suis, mais avec zèle, avec foi, Suis, dis-je, tu verras tout ce qu’il te faut faire ; Et si tu ne le fais, il ne tiendra qu’à toi.

Tu pèches, mais un Dieu pardonne ; Et pour mériter ce pardon, Il te fait ce précieux don : Il n’en est avare à personne. Reçois avec humilité, Conserve avec fidélité Ce grand appui de ta foiblesse : Avec lui ton vouloir peut tout ; Sans lui tu n’es qu’ordure, impuissance, bassesse. Fais-en un bon usage, et la gloire est au bout.

C’en est la digne récompense ; Mais aussi, tu le dois savoir, Cet usage est en ton pouvoir, Il dépend de ta vigilance : Tu peux t’endormir, t’arrêter ; Tu peux même le rejeter, Ce don sans qui ta perte est sûre, Et n’en tireras aucun fruit, Si tu défères plus aux sens, à la nature, Qu’aux mouvements sacrés qu’en ton âme il produit.

J’en connois par toi l’efficace, Savant et pieux écrivain, Qui jadis de ta propre main M’as élevé sur le Parnasse. C’étoit trop peu pour ta bonté Que ma jeunesse eût profité Des leçons que tu m’as données : Tu portes plus loin ton amour, Et tu veux qu’aujourd’hui mes dernières années De tes instructions profitent à leur tour.

Je fus ton disciple, et peut-être Que l’heureux éclat de mes vers Éblouit assez l’univers Pour faire peu de honte au maître. Par une plus sainte leçon Tu m’apprends de quelle façon Au vice on doit faire la guerre. Puissé-je en user encor mieux ! Et comme je te dois ma gloire sur la terre, Puissé-je te devoir un jour celle des cieux !