French poem
Deux sonnets pour Timocrate
Endymion est mort : cet illustre champêtre Est déjà descendu dedans le monument. Chacun est demeuré dans un étonnement De l’avoir vu mourir presque aussitôt que naître.
Tous les grands spectateurs qui le virent paroître Disent que le Soleil fit mourir cet amant ; Mais ils se sont trompés, et dedans un moment Vous connoîtrez celui qui l’a fait cesser d’être.
Non, Apollon n’est point le sujet de sa mort, Et ce n’est point par lui qu’il a fini son sort : L’auteur de son trépas assez souvent éclate. Qu’ils sachent que celui qui lui perça le cœur, Et qui d’Endymion est demeuré vainqueur, N’est point l’astre du jour : c’est le grand Timocrate.
Déplorables jaloux, dont les noires envies, De Don Sanche et Pompée étalent les appas, Et vantant Nicomède, Horace et Venceslas, Veulent dans Timocrate en trouver des copies,
Le chimérique orgueil de vos antipathies En croit par là servir les surprenants éclats, Comme si c’étoit peu d’égaler de tels pas, Et former un beau tout de ces nobles parties !
Apprenez qu’élever de pompeux bâtiments Sur un brillant amas d’illustres fondements Porte un nom au-dessus de la gloire commune.
De semblables larcins sont de grands coups de l’art, Et quand dans ce chef-d’œuvre on n’auroit d’autre part, C’est beaucoup d’assembler tant de beautés en une.