French poem
Deux sonnets signés C
Une troupe servile, inconstante, folâtre, Au service d’autrui passe ses plus beaux jours, Et croit avoir grand’part à la splendeur des cours, Où l’on voit que le luxe a doré jusqu’au plâtre.
Mais la vertu n’est là que vertu de théâtre : Le vice y tient l’empire et porte le velours ; Les fourbes sont adroits ; les bons, des esprits lourds ; Enfin pour s’avancer il faut être idolâtre.
Pour moi, je m’en retire, instruit à mes dépens Que de vivre en esclave est un malheur extrême Qu’accompagnent toujours mille soucis flottants.
Aux autres j’ai vécu ; je veux vivre à moi-même, Sans avoir de mes faits l’univers pour témoin : Si j’ai moins de desirs, je n’ai pas tant de soin. Que me sert qu’on m’écoute avec tant de transports ? Bien loin de s’avancer, ma fortune recule, Et si d’aller plus outre on fait un tel scrupule Qu’Apollon est le seul qui m’ouvre ses trésors.
Cependant mon esprit s’use ainsi que mon corps ; En vain pour me flatter je me le dissimule : Je deviendrai bientôt muet ou ridicule, Et ma force s’épuise en continus efforts.
Pour tout fruit d’une vie en travail consumée, Il ne me va rester qu’un peu de renommée, Qu’un souvenir flatteur d’avoir fait quelque bruit.
Ô d’un métier si noble indignités étranges, Qu’un siècle à nos labeurs prodigue de louanges N’assure que du vent au repos qui les suit !