Versos French Pierre Corneille Vers anonymes, publiés dans le « Mercure » de 1677

French poem

Vers anonymes, publiés dans le « Mercure » de 1677

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Je suis vieux, belle Iris, c’est un mal incurable ; Je suis vieux, belle Iris, c’est un mal incurable ; De jour en jour il croît, d’heure en heure il accable : La mort seule en guérit ; mais si de jour en jour Il me rend plus mal propre à grossir votre cour, Je tire enfin ce fruit de ma décrépitude, Que je vous vois sans trouble et sans inquiétude, Sans battement de cœur, et que ma liberté Près de tous vos attraits est toute en sûreté. Tel est l’heureux secours que reçoit des années Une âme dont vos lois régloient les destinées. Non que je sois encor bien désaccoutumé Des douceurs que prodigue un cœur vraiment charmé ; À ce tribut flatteur la bienséance oblige : Le mérite l’impose, et la beauté l’exige ; Nul âge n’en dispense, et fût-on aux abois, Il faut en fuir la vue, ou lui payer ses droits ; Mais ne me rangez point, alors que j’en soupire, Parmi les soupirants dont il vous plaît de rire. Écoutez mes soupirs sans les compter à rien. Je suis de ces mourants qui se portent fort bien : Je vis auprès de vous dans une paix profonde, Et doute, quand j’en sors, si vous êtes au monde. Pardonnez-moi ce mot qui sent le révolté ; Avec le cœur peut-être il est mal concerté, Vos regards ont pour moi toujours le même charme, M’offrent mêmes périls, me donnent même alarme, Et je n’espérerois aucune guérison, Si l’âge étoit chez vous mon seul contre-poison. Mais grâces au bonheur de ma triste aventure, À peine ai-je loisir d’y sentir ma blessure ; Grâces à vingt amants dont chez vous on se rit, Dès que votre œil m’y blesse, un autre œil m’y guérit. Souffrez que je m’en flatte et qu’à mon tour je cède Au chagrinant rival qui comme eux vous obsède, Qui leur fait presque à tous déserter votre cour, Et n’ose vous parler ni d’hymen ni d’amour. Vous le dites du moins, et voulez qu’on le croie, Et mon reste d’amour vous en croit avec joie : Je fais plus, je le vois sans en être jaloux. À votre tour, m’en croyez-vous ?