French poem
D’où vient cela
D'Où vient cela (Pisseleu) que les hommes De leur nature aiment le changement, Et qu'on ne voit en ce Monde où nous sommes Vn seul qui n'ait vn diuers iugement? L'vn esloigné des foudres de la guerre Veut par les champs son âge consumer A bien poitrir les mottes de sa terre Pour de Cerés les presens y semer: L'autre au contraire, ardant aime les armes, Si qu'en sa peau ne sçauroit seiourner Sans brauement attaquer les allarmes, Et tout sanglant au logis retourner. Qui le Palais de langue mise en vente Fait esclater deuant vn President, Et qui piqué d'auarice suiuante Franchit la mer de l'Inde à l'Occident. L'vn de l'Amour adore l'inconstance, L'autre plus sain ne met l'esprit, sinon Au bien public, aux choses d'importance, Cherchant par peine vn perdurable nom. L'vn suit la Court & les faueurs ensemble, Si que sa teste au Ciel semble toucher: L'autre les fuit, & est mort ce luy semble, S'il voit le Roy de son toict approcher. Le pelerin à l'ombre se delasse, Ou d'vn sommeil le trauail adoucit, Ou resueillé, auec la pleine tasse Des iours d'Esté la longueur accourcit. Qui deuant l'aube accourt triste à la porte Du Conseiller, & là faisant maint tour Le sac au poing attend que Monsieur sorte Pour luy donner humblement le bon-iour. Ici cestuy de la sage Nature Les faits diuers remasche en y pensant, Et cestuy-là par la lineature Des mains predit le malheur menaçant. L'vn allumant ses vains fourneaux, se fonde Dessus la pierre incertaine : & combien Que l'inuoqué Mercure ne responde, Soufle en deux mois le meilleur de son bien. L'vn graue en bronze & dans le marbre à force Veut le naïf de Nature imiter: Des corps errans l'Astrologue s'efforce Oser par art le chemin limiter. Mais tels estats les piliers de la vie Ne m'ont point pleu, & me suis tellement Esloigné d'eur, que ie n'eus onc enuie D'abaisser l'oeil pour les voir seulement. L'honneur sans plus du verd Laurier m'agrée, Par luy ie hay le vulgaire odieux: Voilà pourquoy Euterpe la sacrée M'a de mortel fait compagnon des Dieux. La belle m'aime & par ses bois m'amuse, Me tient, m'embrasse, & quand ie veux sonner, De m'accorder ses flutes ne refuse, Ne de m'apprendre à bien les entonner. Dés mon enfance en l'eau de ses fonteines Pour Prestre sien me plongea de sa main, Me faisant part du haut honneur d'Athenes, Et du sçauoir de l'antique Romain.