French poem
Des-Autels, qui redore
DEs-Autels, qui redore Le langage François, Oy ce vers qui honore Mon terroir Vandomois. O terre fortunée Des Muses le seiour, Que le cours de l’année Seréne d’vn beau iour. En toy le Ciel non chiche Prodiguant son bon-heur, A de la Corne riche Renuersé tout l’honneur. Deux longs tertres te ceignent, Qui de leur flanc hardi Les Aquilons contraignent, Et les vents du Midi. Sur l’vn Gastine sainte Mere des demi-Dieux, Sa teste de verd peinte Enuoye iusqu’aux Cieux : Et sur l’autre prend vie Maint beau cep dont le von Porte bien peu d’enuie Au vignoble Angeuin. Le Loir tard à la fuite Et soy s’esbanoyant, D’eau lentement conduite Tes champs va tournoyant : Et rend en prez fertile Le pays trauersé, Par l’humeur qui distile De son limon versé. Bien qu’on n’y vienne querre Par flots iniurieux De quelque estrange terre L’or tant laborieux : Et la gemme peschée En l’Orient si cher, Chez toy ne soit cherchée Par l’auare nocher : L’Inde pourtant ne pense Te veincre : car les Dieux D’vne autre recompense Te fortunent bien mieux. La Iustice grand’erre S’enfuyant d’ici bas, Imprima sur ta terre Le dernier de ses pas : Et s’encore à ceste heure De l’antique saison Quelque vertu demeure, Tu es bien sa maison. Bref, quelque part que i’erre, Tant le Ciel m’y soit dous, Ce petit coin de terre Me rira par-sus tous. Là ie veux que la Parque Tranche mon fatal fil, Et m’enuoye en la barque De perdurable exil : Là te faudra respandre Maintes larmes parmi Les ombres & la cendre De Ronsard ton ami.