Versos French Pierre de Ronsard La fable elabouree

French poem

La fable elabouree

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LA fable elabourée Descrite heureusement D’vne plume dorée Nous trompe doucement, A l’vn donnant la gloire Qu’il n’a pas merité, Faisant par le faux croire Qu’on voit la verité : Car tout ce que la Muse Lyrique ne refuse D’emmieler par nous, Cela flatte l’oreille Qui toute s’esmerueille De le boire si dous. Il ne faut que i’honore Ton renom ô Martin, De fables prises ore Du Grec, ny du Latin : Ta vertu tresluisante Comme Astres radieux, Me sera suffisante Pour te loger aux Cieux. Quelle terre eslongnee, Quelle riue baignee De l’vne & l’autre mer, Quelle isle descouuerte Ne tient la gorge ouuerte Ardente à te nommer ? Vous gouuernez les Rois Poëtes de la Court, Et si de vostre vois La memoire ne court. Si ta grand’ main desire De respandre le bien, C’est à ce Martin, Sire, Qui le merite bien. » Certes l’experience » N’est vtile, sinon » Pour sonder la science » Si elle est fausse ou non. Le siecle qui doit estre, Ne taira ton bon-heur, Et comme tu fis naistre A la France vn honneur : Toy de qui la musette Sur le bord de Sebette Dist d’vn ton adoucy Tes vers pasteurs, qu’encore Naples autant honore Comme on t’honore icy. Par ta vertu le Monde A peu sentir combien La France en gloire abonde Faite heureuse en ton bien : Par toy reuient l’vsage Des outils & compas, Que mesme le vieil âge Des Romains ne sceut pas. Le maçon par ta peine Son ouurage demeine, Et sous toy faict sçauant, Iusques au Ciel egale Mainte maison royale, Ton liure allant deuant. L’œuure est de l’inuenteur : Et celuy qui apprend, Est tenu pour menteur, Si grace ne luy rend. La plume bien apprise Dresse son vol aux Cieux, Et sa belle entreprise Ne peut ceder aux lieux.