Versos French Pierre de Ronsard Le Potier hait le

French poem

Le Potier hait le

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» LE Potier hait le Potier, » Le Feuure le Charpentier, » Le Poëte tout ainsi » Hait celuy qui l’est außi ( Comme dit la voix sucrée Du vieil citoyen d’Ascrée : ) Mais Bouju par ta vertu Ce prouerbe est abbatu, Vantant mon petit merite ( Sans te monstrer enuieux ) Deuant nostre Marguerite Le rare present des cieux. » Phœbus rauit les neuf Sœurs, » Puis leurs picquantes douceurs » Rauissent les beaux espris, » Qui d’elles se sont espris : Et mon ame n’est rauie Que d’vne bruslante enuie D’oser vn labeur tenter Pour mon Prince contenter, Afin que mon petit œuure Flatte l’oreille si bien, Que sa main pronte ie treuue A me couronner de bien. Celuy qui d’vn reth pourchasse Les poissons, ou cestuy-là Qui par les montagnes chasse Les bestes deçà & là, C’est afin qu’vn peu de proye La Fortune luy octroye : Mais l’homme plein de bon-heur, Qui suit comme toy les Princes Et les grands Dieux des prouinces, C’est pour se combler d’honneur : Laissant au peuple ignorant Vn creuecœur deuorant, Béant apres la vertu Dont le sage est reuestu. » Les vns en cecy excedent, » Les autres cela possedent : Mais Dieu dessus les Rois met Des richesses le somet. Au Poëte qui s’amuse Comme toy de les vanter, Calliope ne refuse De l’ouyr tousiours chanter. Quand Phœbus s’efleue aux cieux, L’ombre fuit deuant ses yeux : Ainsi où ta Muse luit, La sourde Ignorance fuit, Rendant les bouches muetes De noz mal-heureux Poëtes, Qui souloient comme pourceaux Souiller le clair des ruisseaux. Les beaux vers que i’ay veu naistre Si heureusement de toy, Te rendent bien digne d’estre Prisé de la sœur d’vn Roy. Ta fameuse renommée Qui doit voir tout l’Vniuers, Me prie d’estre nommée Par la trompe de mes vers, Et le feray : car ta gloire S’esgaye de la memoire : Puis les Sœurs conte ne font De nul papier, s’il ne porte A la Dorienne sorte Ton beau nom dessus le front.