Versos French Pierre de Ronsard Les douces fleurs d’Hymette. Complainte de Glauque à Scylle

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Les douces fleurs d’Hymette. Complainte de Glauque à Scylle

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LEs douces fleurs d'Hymette aux Abeilles agréent, Et les eaux de l'Esté les alterez recréent: Mais ma peine obstinée Se soulage en chantant sur ce bord foublement Les maux ausquels Amour a miserablement Soumis ma destinée. Hé Scylle Scylle, las ! ceste dolente riue, Voire son flot piteux qui gromelant arriue Des ondeuses campaignes, Me plaint & me lamente, & ces rochers oyans Mon dueil continuel de moy sont larmoyans: Seule tu me desdaignes. Ce iour fut mon malheur, quald les Dieux marins eurent Enuie sus mon aile, & lors qu'il me cognurent De leur grande mer digne. Las ! heureux si iamais ie n'eusse desdaigné L'art premier où i'estois par mon pere enseigné, Ny mes rets ny ma ligne ! Car la flamme d'Amour, qui m'espoiçonne & lime, Me vint ardre au milieu (qui l'eust creu !) de l'abîme De leur mer fluctueuse: Et bien en autre forme adonc ie me changeay, Que ie ne fus mué alors que ie mangeay L'herbe trop vertueuse. Pourtant si i'ay la teste en longs cheueux difforme, Et le corps monstrueux d'vne nouuelle forme Citoyenne des ondes: Tel honneur de nature en moy n'est à blasmer, La mere Tethys m'aime, & m'aiment de la mer Les Nymphes vagabondes. Circe tant seulement ne m'aime : mais encore Toute ardante me suyt, & pourneant m'adore De folle amour esprise. Ainsi mon cœur que mille affectent, vne l'a: Vne seule en iouyst & en lieu de cela Me hait & me desprise. Bien que Nymphe tu sois, ah cruelle ! si est-ce Qu'indigne ie ne suis de toy demy-Deesse: Vn Dieu te fait requeste. Tethys pour effacer cela que i'eu d'humain, Et d'homme au temps suiet, m'a versé de sa main Cent fleuues sur la teste. Mais las! dequoy me sert ceste faueur que d'estre Immortel, & d'aller compagnon à la destre Du grand Prince Neptune, Quand Scylle me desdaigne estant franc du trespas, Et cil à qui par mort permis ne luy est pas De changer sa fortune?