French poem
Lyre dorre, où Phebus
LYre dorée où Phœbus seulement Et les neuf Sœurs ont part egalement, Le seul confort qui mes tristesses tue, Que la danse oit, & toute s’esuertue, De t’obeyr & mesurer ses pas Sous tes fredons accordez par compas, Lors qu’en sonnant tu marques la cadance De l’auant-ieu, le guide de la danse. Le traict flambant de Iupiter s’esteint Sous ta chanson si ta chanson l’atteint : Et au caquet de tes cordes bien iointes Son Aigle dort sur sa foudre à trois pointes Abaissant l’aile : adonc tu vas charmant Ses yeux aigus, & luy en les fermant Son doz herisse & ses plumes repousse Flatté du son de ta corde si douce. Celuy ne vit le cher-mignon des Dieux, A qui desplaist ton chant melodieux, Heureuse Lyre honneur de mon enfance : Ie te sonnay deuant tous en la France De peu à peu : car quand premierement Ie te trouuay tu sonnois durement, Tu n’auois fust ny cordes qui valussent, Ne qui respondre aux loix de mon doit peussent. Moisi du temps ton bois ne sonnoit point, Lors i’eu pitié de te voir mal-en-point, Toy qui iadis des grands Rois les viandes Faisois trouuer plus douces & friandes. Pour te monter de cordes & d’vn fust, Voire d’vn son qui naturel te fust, Ie pillay Thebe, & saccageay la Pouille, T’enrichissant de leur belle despouille. Lors par la France auec toy ie chantay, Et ieune d’ans sus le Loir inuentay De marier aux cordes les victoires, Et des grans Rois les honneurs & les gloires. Iamais celuy que les belles chansons Paissent rauy de l’accord de tes sons, Ne se doit voir en estime pour estre Ou à l’escrime ou à la luitte adestre : Ny marinier fortuneux ne sera, Ny grand guerrier iamais n’abaissera Par le harnois l’ambition des Princes, Portat veinqueur la foudre en leurs prouinces. Mais ma Gastine, & le haut crin des bois Qui vont bornant mon fleuue Vandomois, Le Dieu bouquin qui la Neufaune entourne, Et le saint chœur qui en Braye seiourne, Le feront tel, que par tout l’Vniuers Se cognoistra renommé par ses vers, Tant il aura de graces en son pouce, Et de fredons fils de sa Lyre douce. Desia mon Luth ton loyer tu reçois, Et ia desia la race des François Me veut nombrer entre ceux qu’elle louë, Et pour son Chantre heureusement m’auouë. O Calliope, ô Cleion, ô les Sœurs Qui de ma Muse animez les douceurs, Ie vous saluë, & resaluë encore, Par qui mon Prince & mon pays i’honore. Par toy ie plais, & par toy ie suis leu : C’est toy qui fais que Ronsard soit esleu Harpeur François, & quand on le rencontre, Qu’auec le doit par la ruë on le monstre. Si ie plais donc si ie sçay contenter, Si mon renom la France veut chanter, Si de mon front les estoiles ie passe, Certes mon Luth cela vient de ta grace.