French poem
Ny la fleur qui porte
NY la fleur qui porte le nom D’vn mois, & d’vn Dieu, ny la Rose Qui dessus la cuisse d’Adon D’vne playe se vit esclose : Ny l’astre des iardins, l’Œillet, Ny l’vne & l’autre Gyroflée, Ny l’Hyacinthe au teint d’œillet, Le Gayeul, ny la Gantelée : Ny celle qu’Aiax enfanta De son sang vermeil empourprée, Lors que furieux il planta En son cœur la Troyenne espée : Ny celle qui iaunit du teint De la fille trop enuieuse, En voyant le Soleil atteint D’vne autre plus belle amoureuse : Ny celle qui desur le bord D’vne belle source azurée Nasquit sur l’herbe apres la mort De la face trop remirée : Ny les fleurons que diffama Venus alors que sa main blanche Au milieu du Liz enferma D’vn grand asne le roide manche : Ny la blanche fleur qui se fist Des larmes de la belle Heleine : Ny celle que Iunon blanchist Du laict de sa mammelle pleine: Quand faisant teter le Dieu Mars Du bout de sa fraize esgoutée, Le laict qui s'escouloit espars Fist au ciel la Voye laictée: Ne me plaisent tant que la fleur De la douce Vigne sacrée, Qui de sa nectareuse odeur Le nez & le cœur me recrée. Quand la Mort me voudra tuer ( A tout le moins si ie suis digne Que les Dieux me daignent muer ) Ie le veux estre en fleur de Vigne: Et m'esbahis qu'Anacreon, Qui tant a chery la vendange, Comme vn Poëte biberon, D'elle n'a chanté la loüange.