French poem
Que pourroy-ie, moy
QVe pourroy-ie moy François, Mieux celebrer que la France, Le pays à qui ie dois Le bon-heur de ma naissance? Et comme oubliroy-ie außi En le celebrant la race De son Roy qui tient icy Apres Dieu la plus grand' place? Que me vaudroit de chanter Ces vieilles fables passees, Qui ne seruent qu'à tenter L'esprit de vaines pensees? Qui est celuy qui n'a sçeu De Pelops l'ardente flame, Le traistre Oenomas deceu, Et les nopces d'Hippodame? Ores ie veux esprouuer Autre fable plus nouuelle Que ces vieilles, pour trouuer Vne autre gloire plus belle Qui desia se donne à moy, Si iusqu'aux pays estranges Du fils aisné de mon Roy Ie veux pousser les loüanges. Mais moy qui suis coustumier Brouiller mes vers à la mode De Pindar', de qui premier Commenceray-ie mon Ode? Commenceray-ie à l'enfant, Ou par les faits de son pere, Ou par le nom triomphant De sa tante, ou de sa mere? I'oy Iupiter qui defend Ne commencer par le pere, Par la tante, ou par l'enfant, Mais par le nom de sa mere. Donq puis qu'vn Dieu me defend Ne commencer par le pere, Les vers qui sont à l'enfant, Commenceront par la mere. Laquelle dés quatorze ans Portoit aux bois la sagette, La robe & les arcs duisans Aux pucelles de Taygette: Son poil au vent s'esbatoit D'vne ondoyante secousse, Et sur le flanc luy batoit Tousiours la trompe & la trousse. Tousiours dés l'aube du iour Alloit aux forests en queste, Ou de reths tout à l'entour Cernoit le trac d'vne beste: Ou prenoit les Cerfs au cours, Ou par le pendant des roches Sans chiens assailloit les Ours, Et les Sangliers aux dents croches. Vn iour qu'elle auoit chassé Long temps vn Sanglier sauuage, Reposa son corps lassé Dessus les fleurs d'vn riuage: Elle pend son arc Turquois, Recoiffe sa tresse blonde, Met pour cheuet son carquois, Puis s'endort au bruit de l'onde. Les souspirs qui repoussoient Du sein la iumelle pomme, Et ses yeux qui languissoient En la paresse du somme, Les amours qui esuentoient La sommeillante poitrine, De plus en plus augmentoient Les graces de Caterine. Iupiter la vit des Cieux (Se fait-il rien qu'il ne voye?) Puis d'vn soin ambicieux Souhaita si douce proye: Car Amour qui s'escouloit Doucement en ses mouëlles, Ses oz cogneuz luy bruloit De mille flames nouuelles. Adonc luy sentant là haut Au cœur l'amoureuse playe, C'est ores (dit-il) qu'il faut Que pour me guerir i'essaye D'aller voir celle là bas Qui tient ma liberté prise: Mais Iunon ne sçaura pas Pour ce coup mon entreprise. A grand' peine auoit-il dit, Qu'ardant d'approcher s'amie, De son throne descendit Pres de la Nymphe endormie: Et comme vn Dieu qui sentoit D'amour la poignante rage, A la force s'apprestoit De rauir son pucellage. Mais Arne qui l'entre-vit, Poussant l'eau de ses espaules, Hors des flots la teste mit Ceinte de ioncs & de saules: Et destournant ses cheueux Qui flotoient deuant sa bouche, Defend au Prince amoureux Qu'à la pucelle il ne touche. Si tu n'as desir de voir (Dit le fleuue) ta puissance Serue dessous le pouuoir Du fils qui prendoit naissance De ceste Nymphe & de toy: Et si tousiours tu veux estre Des Dieux le pere & le Roy, Sans attendre vn plus grand maistre, Cesse cesse de tenter Faire ceste Vierge mere, Qui doit vn iour enfanter Vn fils plus grand que son pere, Fils qui donnera ses lois Soit en paix, ou soit en guerre, Aux tourbes des autres Rois Qui sous luy tiendront la terre. Vn Prince en Gaule est nourry, Né de semence royale, Qui doit estre son mary, Elle sa femme loyale: D'elle & de luy sortira Ce fils heritier de France, Qui Ciel & Terre emplira Des prouësses de sa lance. Les Parques au front ridé, D'Erebe & de la Nuict nées, Ont main à main deuidé L'arrest de ces destinées. A tant de fleuue plongea Au plus creux de l'eau sa teste, Et l'amoureux deslogea Fraudé de sa douce queste. Apres le terme parfait Predit par la voix diuine, Le mariage fut fait De ceste Nymphe diuine: Douze ans peurent s'absenter Ains qu'elle fust accouchee Du fils dont ie vais chanter La loüange non touchée. Escoute vn peu fils aisné, Honneur de France & d'Itale, Le bienqui t'est destiné Par ordonnance fatale. Quand ja ton pere sera Las de mener les gendarmes, Et que vieillard cessera D'effroyer le monde en armes: Adonc vaillant tu tiendras Sous luy d'Europe la bride, Et sous luy tu seruiras A ses gendarmes de guide, Et ensemble fort & fin En mainte ruse guerriere, Humble tu mettras à fin Les mandemens de ton pere. Et s'il reste quelque Roy Qu'il n'ait eu loisir de prendre, Fait esclaue dessous toy François tu le feras rendre: Tu penseras en ton cœur D'acquerir l'Europe encore, Et de te faire veinqueur Des Gades iusqu'au Bosphore. Ces grans peuples reculez A l'escart de nostre Monde, Des flots de Thetis salez Couronnez tout à la ronde, Et ceux qu'on voit habiter Les Orcades Escossoises, N'auront cœur de resister Contre tes armes Françoises. Les grands cloistres Pyrenez Desuoyez en mil entorses, De tes soudars obstinez Ne pourront tromper les forces, Ny les grand's citez ton feu, Que toi pillant les campagnes En armes, tu ne sois veu Le Monarque des Espagnes. Ny les Alpes au grand front, Ny l'Apennin qui diuise L'Italie, ne pourront Retarder ton entreprise Lors que trainant auec toy Tant de legions fidelles, Tu ne te couronnes Roy Des Itales maternelles. De là tirant plus auant Vers l'Allemagne guerriere, De la part où plus le vent Soufle son haleine fiere, Tu donteras les Gelons, Et ceste froide partie Que possedent les Polons, Les Goths, & ceux de Scythie. Poussant outre tu prendras La Thrace, & par ta prouësse Tes bornes tu planteras Iusqu'au destroit de la Grece: Puis en France retourné, Dans Paris ta grande ville Tu triomperas orné De ta conqueste seruile. Ton pere desia chenu D'auoir trop mis la cuirace, D'vn grand aise detenu Fera raieunir sa face, Et dessus son throne aßis Sentira mille liesses D'estre pere d'vn tel fils Heritier de ses proüesses. Ainsi qu'à Rome Cesar Triomphant d'vne victoire, Haut t'assoiras dans vn char Dessus vn siege d'yuoire: Deux coursiers blancs haniront D'vne longue voix aigue, Qui ton beau char traineront En triomphe par la rue. Tes cheueux seront liez De Palme torse en couronne, Bas seront dessous tes piez Les ferremens de Bellonne : Le Ciel qui s'esbahira Du bon-heur de tant de choses, Prodigue te remplira Le sein de Liz & de Roses. Là francs de peur tes soudars Marchans au son des trompettes, Te ru'ront de toutes pars Mille ioyeuses sornettes, Et parez de Lauriers verds Diront aux tourbes preßées Les maux qu'ils auront soufferts En tant de guerres paßées. Tout le peuple Iô cri'ra, Rien qu'Iô par l'assemblée Le peuple ne re-dira D'vne ioye redoublée : Le menestrier resonnant, Des chantres la douce presse Autres mots n'iront sonnant Qu'vn Iô plein d'allegresse. En ordre les Rois veincus Iront en diuerse mine, Trainez dessus leurs escus Deuant ta pompe diuine: Les vns auront les yeux bas, Les autres leuant les faces, A leur mal ne songeant pas, Remascheront des menaces. Les vns au col secou'ront Les liens d'vne chaisne orde, Les autres les bras auront Serrez au doz d'vne corde: Aux autres selon les faits De leurs fautes desloyales, Diuers torments seront faits A leur miseres Royales. Là seront peints les chasteaux Les ports & les villes prises, Les grands forests & les eaux, Et les montagnes conquises: Le vieil Apennin sera Portrait d'vne face morne, Le Rhin veincu cachera Entre les roseaux sa corne. Deuant ton char bien-tournant Marchera la Renommée, Qui ton bruit ira cornant De sa trompette animée: Et moy qui me planteray Deuant ses pieds pour escorte, Comme elle ie chanteray Ta louange en telle sorte: Prince bien-aimé des Dieux, Antique race de Troye, Sous qui la faueur des Cieux Toute Europe a mise en proye, Triomphe, & voy ta cité Qui deuotieuse appreste A ta ieune Deité Vne solennelle feste. Bien que tes freres & toy La terre ayez departie, Et qu'aisné tu ne sois Roy Que de la moindre partie: Le Ciel pourtant a voulu Que sur toutes tu la prinses, Et la prenant t'a esleu Le Seigneur des autres Princes. Ils ont choisi pour leurs pars, L'vn les parfums d'Arabie, L'autre les sablons espars De la bouillante Libye : Mais tu as Roy plus heureux Choisi les terres fertiles, Pleines d'hommes valeureux, Pleines de ports & de villes. Celuy qui peut raconter Tes entreprises fameuses, Celuy peut les flots conter Des riuieres escumeuses : Car bien peu bien peu sen faut Que ta maiesté Royale Du Iupiter de là haut L'autre maiesté n'égale. Iamais à chanter ton los Ie n'auray la bouche close, Fußé-ie là bas enclos Aux lieux où la Mort repose: Tousiours ie diray ton nom, Et mon ame vagabonde Rien ne chantera sinon Tes louanges par le monde. Ainsi diray-ie, & ta main Iusqu'au Palais honorable Conduira tousiours le frain De ton haut char venerable : Là t'assoyant au milieu Sur des marches esleuées, Tu rendras graces à Dieu Pour tes guerres acheuées. Puis ayant de toutes pars Fermé de cent chaisnes fortes De l'ouuert temple de Mars L'horrible acier de cent portes, Tu feras egal aux Dieux Ton regne, & par ta contrée Fleurir la Paix, & des Cieux Reuenir la belle Astrée.